Logo Lutèce Cup

Lutèce Cup

Le Blood Bowl à la sauvage !!!

Vous n'êtes pas connecté.

#126 22-12-2018 16:50:50

cosius
Star
Date d'inscription: 21-07-2006
Messages: 1155
Parnassian Warriors

Re: ANNONCE

Heureusement que la trêve des confiseurs commence, ça me laisse le temps de lire la dernière livraison du Real Boitar smile


Cette année, j'arrête de jouer aux dés, je commence à jouer à Blood Bowl... ou pas !

Hors ligne

 

#127 22-12-2018 20:17:51

Budmilka
Da New Prez
Lieu: Créteil (94)
Date d'inscription: 19-12-2013
Messages: 1996
Fraternité Sans MalepierreBob ZombieBrutal Death MetalDikkenek

Re: ANNONCE

C'est génial ! Tout a l'air vrai, tout ! Sauf :

bière renversée dans les cheveux [...]Eddie

Eddie ? Cheveux ?


"L'important, c'est de passer l'armure." Pierre de Coubertin (sur une aggro à 7 soutiens)

"Je ne perd jamais : soit je gagne, soit je chatte." Nelson Mandela (joueur sylvain/skaven)

Hors ligne

 

#128 23-12-2018 15:23:00

Duda
Star
Date d'inscription: 15-01-2007
Messages: 1032
Real BoitarDEATHCLAWS

Re: ANNONCE

Budmilka a écrit:

C'est génial ! Tout a l'air vrai, tout ! Sauf :

bière renversée dans les cheveux [...]Eddie

Eddie ? Cheveux ?

lol
Mais c'est vrai ça !
Merci Bud', voilà une remarque pertinente et constructive (j'dis pas que les autres ne le sont pas...)

Je vais corriger un peu, il lui reste quand même quelques poils sur ce caillou (c'est à ça que j'pensais quand j'avais écrit) wink


Pourquoi les Nains ont la bière et les Elfes la magie ?
Parce que les Nains ont choisi en premier...

Hors ligne

 

#129 23-12-2018 16:40:58

Aredhel
Arbitre
Date d'inscription: 02-04-2006
Messages: 6713
Nasgard All Stupid AnimalsNasgard croackersLoose Spyral

Re: ANNONCE

Budmilka a écrit:

C'est génial ! Tout a l'air vrai, tout ! Sauf :

bière renversée dans les cheveux [...]Eddie

Eddie ? Cheveux ?

on avait dit .. pas l'physique !!!!


Le Genie (maléfique) de l'internationalement reconnue team "Les Experts Lutèce".

Sgt Taliesin : Après un match comme ça tu peux me tirer tout ce que tu veux mon grand mrgreen
vivement le tirage de la prochaine saison !!!!!

Hors ligne

 

#130 23-12-2018 16:46:12

Budmilka
Da New Prez
Lieu: Créteil (94)
Date d'inscription: 19-12-2013
Messages: 1996
Fraternité Sans MalepierreBob ZombieBrutal Death MetalDikkenek

Re: ANNONCE

S'pas physique les ch'veux, s'comme les vêt'ments !!


"L'important, c'est de passer l'armure." Pierre de Coubertin (sur une aggro à 7 soutiens)

"Je ne perd jamais : soit je gagne, soit je chatte." Nelson Mandela (joueur sylvain/skaven)

Hors ligne

 

#131 24-12-2018 10:53:53

Duda
Star
Date d'inscription: 15-01-2007
Messages: 1032
Real BoitarDEATHCLAWS

Re: ANNONCE

Corrigé. wink

Sinon :

La fin d'année

L’atmosphère ambiante appelait à la quiétude, au repos, à la sérénité et au partage, alors que toute la ville se préparait aux festivités devant accueillir avec joie l’arrivée de l’hiver et la nouvelle année. La neige ayant fait son apparition la nuit passée, un léger linceul blanc recouvrait la chaussée alors qu’une onde de brume fraiche planait au-dessus des faites des maisons, obstruant un ciel par ailleurs dégagé et floutant les lumières provenant des lampions, guirlandes, bougies et autres décorations lumineuses accrochées un peu partout dans les rues du bourg.

L’air était à la fête. De chaque maison se répandaient d’agréables odeurs de pain d’épice, de chocolat chaud, de gâteaux au miel, de bougies parfumées et de sève de sapin, alors que le son de nombreuses chansons de fête s’élevait au ciel, provenant des gorges braillardes d’enfants impatients de recevoir leurs cadeaux de fin d’année.

Le Real Boitar n’était pas en reste. Depuis l’aurore, toute l’équipe était debout et s’affairait aux préparatifs dans une ambiance espiègle et bonne enfant, sous l’½il amusé et attentif de Duda, confortablement installé dans un moelleux fauteuil, les pieds reposés sur une pile de coussins et tournés vers la cheminée dans laquelle brûlait une grande buche, répandant une agréable chaleur dans toute l’auberge. Les joueurs s’égayaient joyeusement en mettant une touche finale aux décorations, et en lorgnant avec avidité le monticule de cadeaux posés au pied de l’immense sapin magnifiquement décoré, qui trônait dans le salon. Un mélange appétissant de senteurs provenait de la cuisine, dans laquelle Roël s’activait autour des fourneaux en préparant ses spécialités culinaires qui seraient servies ce soir : bouillon de cèpes aux petits légumes, assiettes de fruits de mer, ravioles farcies au fromage, filets de sole pannée, foie-gras en croûte, escargots aux épinards, et naturellement, pour couronner le tout, de merveilleux et succulents gâteaux aux épices, au fromage blanc ou aux graines de pavot !

Pourtant, un individu n’était pas à la fête, et bougonnait, agacé, dans un coin de l’auberge. Ayant fait son apparition dans le salon du Crampon Doré, Cendrechêne faisait visiblement la tête, l’½il noir, ses ancestrales lèvres retroussées dans un affreux rictus, fronçant ses sourcils broussailleux et grommelant de lugubres borborygmes dans sa barbe hirsute en lichen. Il fulminait littéralement, tapant de ses énormes branches contre le mur de l’auberge et frappant de son pied massif sur le dallage, alors qu’il fixait avec nerveusement l’immense sapin majestueusement décoré de guirlandes lumineuses, de lampions dorés, de boules colorées, de sucreries et de brocarts, et au sommet duquel culminait une immense étoile argentée à cinq branches. Duda pivota lentement la tête en reposant sur la table-basse le verre de whisky qu’il sirotait – seule enfreinte qu’il se permettait, à cette époque de l’année, au strict régime ascétique qu’il respectait scrupuleusement le reste du temps – et demanda calmement et avec douceur à l’homme-arbre râleur :

-    Qu’est ce qui se passe encore mon grand ? Qu’est ce qui ne va pas ?
-    L’Eppppicéééaaa… - gronda le vénérable ancien à l’attention du coach.
-    Oui, le sapin. Joli non ? Il ne te plait pas notre épicéa ? – le questionna le coach, interloqué.
-    L’Epppicéééaaa, elle s’eeeest habillée commmmmee une pute celle-là !

Sur ce, Bonnes Fêtes à tous, les crevures, et Joyeux Noël pour vous et vos proches ! wink

Dernière modification par Duda (24-12-2018 10:57:39)


Pourquoi les Nains ont la bière et les Elfes la magie ?
Parce que les Nains ont choisi en premier...

Hors ligne

 

#132 26-12-2018 18:37:10

cosius
Star
Date d'inscription: 21-07-2006
Messages: 1155
Parnassian Warriors

Re: ANNONCE

Uniquement dans blood bowl cette blague cool


Cette année, j'arrête de jouer aux dés, je commence à jouer à Blood Bowl... ou pas !

Hors ligne

 

#133 08-01-2019 16:44:25

Duda
Star
Date d'inscription: 15-01-2007
Messages: 1032
Real BoitarDEATHCLAWS

Re: ANNONCE

Et donc, la suite après la pause :

Moi, je dis que c'est magique à cause des merdes qui pendouillent, mais ça se trouve, c'est pas ça ...
- Merlin l’Enchanteur


Ars Tenebrae, Ars Magica

Un vent vif et mordant venu du nord avait dispersé les épais nuages qui, depuis plusieurs jours, faisaient tomber une neige drue sur la cité, lorsque deux halflings emmitouflés dans de lourds manteaux rembourrés, les nez enfouis dans d’épaisses écharpes en laine, les crânes recouverts de bonnets en tricot, se présentèrent, ce froid matin d’hiver, devant l’imposante bâtisse en pierre blanche, bardée de hautes tours, de balconnets décorés et de larges coupoles, dans laquelle siégeait la célèbre et mystérieuse guilde des mages.

La majestueuse porte d’entée du bâtiment, décorée de ferronneries forgées et gravée de multiples runes ésotériques, était gardée par deux intimidants factionnaires ogres, munis de gourdins massifs et vêtus de cotes de maille doublées. Ces derniers reluquaient méchamment les deux halflings tout en poussant des grognements inquiétants.

-    Allé, on y va Tholot. Y’a rien à craindre, vont pas nous faire du mal ces deux larscards, tout de même. L’accueil du public est ouvert, non ? C’était marqué sur le panneau d’affichage. – déclara, comme pour se donner du courage, la voix tremblante, l’un des deux compères, un halfling dodu aux joues couvertes de favoris roux.
-    J’en sais rien moi, Eggon. T’es sur qu’on peut entrer ? M’ont l’air de vouloir nous faire la peau. On f’rait peut-être mieux de laisser tomber… - répondit sur un ton hésitant son compagnon au visage ridé et barré de cicatrices.
-    Mais non. J’préfère encore m’faire rembarrer par ces péteux d’mages ou d’me prendre une sale beigne par ces deux molosses, que d’entendre râler le coach si jamais on a l’malheur de revenir les mains vides. – clama le premier hafling. – Tu t’rappelles ce qu’il a dit : « Il nous faut un jeteur de sorts les gars ! ». Alors, ça veut dire qu’il nous en faut un, pas la peine de discuter.

Effectivement, les deux amis avaient bien en tête la stratégie que le Real Boitar devait impérativement mettre en place pour son prochain match, et que leur avait expliqué la veille leur entraîneur. La tactique avait le mérite d’être simple, pour le pas dire simpliste, et c’est certainement cette caractéristique qui emporta l’adhésion de toute l’équipe au plan machiavélique échafaudé par le perfide Duda. Depuis plusieurs rencontres, le Real éprouvait des difficultés certaines dans le jeu et dans l’impact physique, face à des équipes bien préparées et nécessairement plus athlétiques que les replets halflings, et qui de surcroît, étaient menées par des entraineurs vétérans. Bien que la courte trêve hivernale eût été une bénédiction et permit à tout le monde de refaire le plein d’énergie et de requinquer un moral dernièrement vacillant, le coach du Real savait que les rencontres à venir allaient probablement être des obstacles très difficilement surmontables pour ses joueurs. C’est la raison pour laquelle, il dut mettre en place une tactique simple et efficace, un plan basique mais fourbe, une combine sournoise permettant aux halflings de compenser leur faiblesse physique, leur frustrante gaucherie et leur accablante lenteur. Il fallait que le Real Boitar se reconcentre sur ses fondamentaux, à savoir un jeu sale, vicieux, agressif, à la limite voire en dehors des règles, et ce d’autant plus qu’un souci plus qu’épineux se dressait désormais sur leur route. En effet, les halflings allaient affronter les inexpugnables nains du chaos des « Gens Bons de Pays », coachés par un des tout meilleurs entraineurs de la Lutèce, l’éternel OON, une des légendes vivantes de la ligue. Rien de moins. Il leur fallait donc ruser. « Ne jouez pas aux plus malins avec eux, les gars ! Face à ces brutes, faut faire dans l’efficace. Vous devez mettre le plus d’adversaires au sol ! » - leur indiqua Duda durant la séance de préparation tactique. « Et pour ça, vous aurez besoin d’une petite aide. Il nous faut juste un jeteur de sorts. » - conclut-il, son visage tordu dans un affreux rictus.

Ainsi, nonobstant les mines menaçantes des gardes, Tholot et Eggon – investis d’une mission quasi-divine – franchirent le seuil d’entrée de la bâtisse, les jambes légèrement flageolantes et scrutant nerveusement toute réaction malvenue de la part des ogres, lesquels suivirent les deux halflings du regard, les yeux plissés et les sourcils froncés, en les laissant néanmoins entrer sans anicroches. Les semi-hommes se retrouvèrent ainsi dans le hall majestueux de la guilde des mages, un immense corridor recouvert de marbres, éclairé par la lumière du jour filtrant à travers de splendides vitraux représentant les différents collèges de magie impériaux, et flanqué de deux lignées de colonnades sculptées menant vers un grandiose escalier à double volée. L’endroit était silencieux et désert, à l’exception d’un unique petit pupitre en bois d’acajou, derrière lequel de tenait un jeune freluquet au visage recouvert d’acné, coiffé d’une tonsure et vêtu d’une robe d’initié bleue pale.

-    Bonjour Messieurs, en quoi puis-je vous aider ? – les interpela celui-ci alors que les deux compères demeuraient sans bouger, en jetant des coups d’½il incertains aux alentours, ne sachant visiblement pas ce qu’ils devaient faire ni où ils devaient se rendre. Les halflings se regardèrent mutuellement puis Tholot prit la parole :
-    C’est à nous qu’vous parlez ?
-    Bah oui, pardi, j’vois personne d’autre autour de vous, Messires ! – répondit l’agent avec allant. – Vous avez besoin d’un renseignement peut-être ? Qu’est ce qui vous amène à la guilde des mages ?
-    Ah oui. La guilde. – réagit Tholot hésitant. – Un mage, on cherche un mage.
-    Un mage ? – s’étonna leur interlocuteur. – Quel mage ?
-    Bah, un mage quoi. Un j’teur de sorts. – intervint Eggon à la volée. – On veut louer les services d’un de vos gars.
-    Je comprends mieux ! – répondit le jeune homme. – Vous souhaitez recourir à l’assistance d’un de nos éminents spécialistes dans les arts magiques. Dans ce cas, il vous faut aller au guichet des sollicitations.
-    Oué super ! – répondit Eggon, puis il rajouta de manière confuse. – Euhhh, c’est où au fait, ce guichet ?
-    C’est au département des prestations de services. Bureau trois B. Troisième étage, deuxième porte à gauche. Vous ne pouvez pas vous tromper. – leur sourit l’agent en leur tendant une brochure colorée. – Tenez, voici un plan, pour vous guider.

Quelques minutes plus tard, les deux halflings se retrouvaient dans une salle d’attente, au fond de laquelle étaient situés plusieurs guichets protégés par des panneaux en bois dotés de barreaux de fer. Pourtant, un seul et unique guichet était ouvert. Y trônait la masse corpulente d’une fonctionnaire ridée, grimaçante derrière ses binocles en forme de goutte, alors qu’elle maniait avec nervosité une pile de paperasse que lui présentait avec hésitation certaine un guerrier orque plus que confus. Mis à part les pouffements d’exaspération de la guichetière, le silence était maître dans la salle, et ce malgré la présence de nombreux clients, qui attendaient patiemment dans la longue file d’attente que leur tour vienne.

Une heure s’était presque écoulée, avant que Tholot et Eggon ne purent enfin parvenir devant le guichet.
-    Bbbb...onjour Madame. – dit maladroitement Eggon en se mettant sur la pointe des pieds, afin que la fonctionnaire puisse l’apercevoir derrière son comptoir, le rebord de celui-ci arrivant à la hauteur du haut du crâne de l’halfling.
-    C’est pourquoi faire ! – jappa l’humaine obèse sur un ton acariâtre en avisant les deux compères.
-    C’est pour louer les services d’un mage, Madame. – intervint Tholot calmement.
-    Le bon de passage. – aboya d’un ton sec la guichetière.
-    De quoi ? – s’étonna Tholot.
-    Le bon de passage. – redit-elle, visiblement agacée. – Donnez-moi votre bon de passage.
-    Quel bon de passage ? – répondit Tholot, très surpris.
-    Pour présenter une demande officielle. – soupira bruyamment la fonctionnaire. – Il vous faut le bon de passage ! Faut tout vous expliquer ou quoi ?
-    Mais c’est quoi ça ? – intervint Eggon légèrement paniqué. -  Où est-ce qu’on peut le récupérer ce bon ?
-    Mais au guichet d’entrée ! – hurla l’humaine ventrue. – Faut tout leur dire à ces imbéciles ! Je ne prends aucune demande sans présentation du bon de passage, c’est marqué sur le panneau pourtant. – finit-elle en désignant du doigt une pancarte affichée sur le côté du guichet. – Allez, ouste ! Et revenez avec le bon de passage !

Bon gré, mal gré, les deux halflings durent rebrousser chemin et se retrouvèrent de nouveau devant le jeune initié assis derrière son pupitre près de la porte d’entrée de la guilde.

-    Vous revoilà Messires ! – les interpella-t-il avec amusement. – Vous avez oublié le bon de passage, je présume.
-    Vous présumez bien. -  répondit en faisant la moue Tholot, qui devenait quelque peu agacé par le ton condescendant employé par le jeune homme. – Vous auriez quand même pu nous dire qu’il nous fallait un tel document.
-    Vous ne me l’avez pas demandé. – répliqua stoïquement l’initié.
-    Et alors ? Parce que, d’habitude, les clients vous le demandent ? – réagit vivement Eggon.
-    Ça dépend. – rétorqua laconiquement le freluquet.
-    Laissez tomber. Donnez-nous juste ce bon de passage. – soupira Tholot.
-    C’est que, voyez-vous Messires. – sourit le fonctionnaire. – J’peux pas vous le donner.
-    Quoi ? Pourquoi ça ? – s’étonna vivement Eggon.
-    Les bons de passage ne sont délivrés que sur accréditation officielle. – déclara l’agent. – Avez-vous une telle accréditation ?
-    Non. – constata Eggon.
-    Alors, malheureusement, je me vois dans l’obligation de refuser votre demande. – affirma l’initié en haussant les épaules.
-    Et où peut-on la récupérer, cette accréditation ? – l’interrogea Tholot, plissant les yeux avec circonspection.
-    C’est simple ! – s’exclama le jeune homme. – Au bureau des accréditations, pardi ! Cinquième étage, bureau cinq G. Septième porte à droite ! Vous ne pouvez pas vous tromper !

Arrivés au cinquième étage, les deux halflings durent constater, avec consternation, que le bureau des accréditations était malheureusement fermé. Ils tambourinèrent sur la porte durant plusieurs minutes, sans grand succès. Leur remue-ménage eut toutefois pour bénéfique effet qu’un individu rabougri et ridé surgit tout à coup de derrière une porte attenante en criant :
-    Non mais ce n’est pas bientôt fini ce raffut ! Y’en a qui bossent ici ?
-    Euh, pardon Monsieur. – répondit Eggon avec hésitation. – Mais vous ne savez pas s’il y a quelqu’un au bureau des accréditations ?
-    Vous ne savez pas lire ? – jappa le fonctionnaire. – C’est fermé ! C’est marqué sur la porte.
-    Mais ce sera ouvert quand ? – demanda Tholot sur un ton calme, de peur de froisser son interlocuteur.
-    Y’a pas marqué renseignements ici ! – glapit l’individu en montrant son front. – C’est fermé jusqu’à nouvel ordre. Faut vous l’expliquer comment ?
-    Mais comment on fait pour avoir une accréditation alors ? – le questionna Eggon inquiet.
-    Ce n’est pas mon problème. Je ne suis pas du service accréditations moi. Allez demander à l’accueil. – conclut le fonctionnaire en claquant la porte et en laissant les deux compères seuls dans le couloir.
-    Alors, on fait quoi maintenant ? – demanda Eggon à son ami.

Ils retournèrent une nouvelle fois auprès du freluquet à l’entrée, essoufflés, les jambes endolories à force de courir dans les couloirs de l’immense bâtisse.
-    Hey, dites donc, mon gars ! – Tholot entama la discussion sur un ton quelque peu plus directif qu’auparavant. – Votre bureau des accréditations est fermé !
-    Ah oui, c’est fort dommage. Par contre, je ne suis pas votre gars, Messires. – remarqua de manière acerbe l’initié.
-    Mais putain, t’aurais pu nous prévenir ! – jura Eggon.
-    Non mais dites donc ! – s’offusqua le jeune homme. – Vous êtes au collège de magie, par dans un vulgaire service postal ! Et je vous prie de me vouvoyer ! Je suis initié du collège céleste et je vous demande de respecter mon statut ! Alors pas d’insultes !
-    Et enculé, c’est une insulte ? – demanda en sifflant Eggon sous les yeux exorbités du jeunot.
-    D’accord, d’accord, on se calme. – souffla Tholot posément. – On reprend. Je constatais juste que le bureau des accréditations est fermé.
-    Effectivement. – reprit le fonctionnaire de manière plus calme. – Nous sommes en effectifs réduits durant la période des fêtes de fin d’année. La responsable du bureau des accréditations est en congés. Le bureau ouvrira dans une semaine.
-    Quoi ! – s’esclaffa avec exaspérations Tholot. – Une semaine ! Mais bord… zut à la fin ! On a besoin d’un mage tout de suite nous !
-    Les sollicitations individuelles sont à présenter au département des prestations de services. Bureau trois B. Troisième étage, deuxième porte à gauche. – répliqua posément l’initié. – Comme je vous le disais précédemment.
-    Oui, on sait. – intervint Eggon, la mine dépitée. – Mais il nous faut un bon de passage, que vous ne voulez pas nous donner, parce qu’on a pas d’accréditation…
-    Ah mais, ça, ça peut s’arranger. – annonça le fonctionnaire sur le ton de la confidence, en mettant sa main sur le côté de sa bouche et en lançant un clin d’½il à ses deux interlocuteurs.

***

-    Putain, quoi ?! – s’étouffa Duda lorsque les deux halflings, de retour à l’auberge du Crampon Doré, lui firent le compte-rendu de leurs péripéties matinales à la guilde des mages. Ils étaient revenus effectivement bredouilles, sans mage mais avec une migraine certaine, n’ayant pu se sortir des méandres de l’administration du magisterium.
-    Comme on vous l’dit, coach. – reprit Tholot avec consternation. – C’est des malades mentaux là-bas. On a été baladés de bureau en bureau, et au final, on s’retrouve devant un p’tit con qui nous propose une combine en loucedé.
-    Et il demande mille pièces d’or ce péquenaud ?! – gronda le coach en colère. – Pour un simple bout d’papier ?
-    C’est à prendre ou à laisser. Comme j’vous disais, on était au bout du rouleau. On a failli accepter, mais on les avait pas, ces mille pièces. – répondit Eggon, quelque peu abattu.
-    Bon. J’viens avec vous, les rase-mottes. – déclara l’entraineur, visiblement agacé. – On va voir s’il me parle sur le même ton, le p’tit enfoiré !

***

Une heure plus tard, Tholot, Eggon et Duda faisaient leur apparition dans le grand hall central de la guilde des mages. Le jeune initié à l’entrée leva les yeux de son pupitre et leur sourit railleusement.
-    Ah, je vois que ces Messieurs se sont enfin décidés ? – les héla-t-il, puis il ajouta sur un ton plus bas :
-    Allez au bureau Deux F, au quatrième étage et demandez de parler à… - Il n’eut pas le temps de finir sa phrase lorsque Duda, d’un geste vif, le saisit par le col de sa robe et l’attira vers lui par-dessus le bureau :
-    Ecoutes moi bien, espèce de trouffion boutonneux. – lui cracha au visage le coach. – Tu vas de donner tout de suite ce satané bout d’papelard et plus vite que ça. Sans rien demander en retour. Et avant que tu appelles tes deux décérébrés de gardes, mate-moi plutôt l’insigne cousue sur mon veston, tas de fiente de bouc vérolé !
L’initié baissa le regard, puis il écarquilla les yeux, effrayé.
-    Pppardon, je n’sssavais pas. – réussit-il à bredouiller, le visage crispé par la peur. – Vvvos collègues n’ont rrrrien dit. Pppardon.
-    Bien. – fit Duda en repoussant le jeune homme, qui s’affala sur son siège. – Maintenant, tu me donnes l’papier, c’était quoi déjà ?
-    Le bon de passage. – indiqua posément Tholot en fixant l’initié.
-    Voilà, c’est ça. Le putain d’bon de passage.
-    Mmmais, l’accréditation. Il vous faut l’accréditation. – tenta d’argumenter le jeune homme.
-    C’est la Lutèce Cup, mon accréditation. Pigé ? – conclut Duda sur un ton qui ne laissait place à une quelconque contestation.

***

Le fameux bon de passage enfin entre leurs mains, les trois amis purent remonter au troisième étage de la guilde, au service des prestations de services – bureau trois B, deuxième porte à gauche. Ils constatèrent qu’une nouvelle fois, la salle était bondée de clients attendant patiemment, mais avec une certaine consternation, que leur tour vienne. Comme précédemment, seul un unique guichet était ouvert, derrière lequel régnait en maître des lieux la même fonctionnaire acariâtre.

Duda esquiva la longue file d’attente et se planta directement devant le guichet, en lançant des coups d’½il menaçants à la foule, alors que quelques clients mécontents pestaient contre les manières rustres du coach et son incivilité manifeste. Le coach rembarra d’un coup d’épaule un demi-elfe qui patientait en début de la file, et grogna en sa direction en prenant sa place. Ce dernier n’osa réagir. La guichetière leva les yeux d’un énième tas de paperasse qu’elle analysait et reluqua Duda de haut en bas, la mine maussade.

-    Vous faites la queue comme tout le monde ! Qu’est ce que c’est que ces manières ?! – aboya-t-elle à l’attention de l’entraineur.
-    Ecoutes mémère. – gronda celui-ci. – Rien à carrer de ta queue. Tien, tu prends ton bout d’papier, tu te le fous où je pense et tu nous donnes un mage. Compris ?
La fonctionnaire manqua de s’étouffer en sursautant sur sa chaise et en s’agrippant la gorge.
-    Non mais ça ne va pas de me parler sur ce ton ?! Vous vous prenez pour qui ! – glapit-elle estomaquée.
-    J’me prends pour un coach de la Lutèce Cup ! – tonna Duda. – Tu connais ? La Lutèce, le principal client de tes employeurs !
La guichetière en s’en laissa toutefois pas compter et répondit :
-    Et alors ? Qu’est ce que ça peut me faire à moi ? La Lutèce ! – pouffa-t-elle désagréablement. – Tous des crétins décérébrés courant derrière un ballon. Tu parles d’un passe-temps pour primates testostéronés. Lutèce Cup ou pas, vous faites la queue comme tout le monde ! – elle hurla à l’attention du coach.
La réplique cinglante et pleine de morgue de la fonctionnaire frappa Duda comme un coup de fouet et lui coupa la parole. Il demeura bouche bée, silencieux, cherchant tout à coup ses mots.
-    Mais… mais… - réussit-il à bredouiller.
-    Y’a pas de mais qui tienne ! – continua la guichetière sur le même ton acerbe. – C’est pas la foire à la saucisse ici. Y’a des règles à respecter, un point c’est tout ! Et le point principal c’est que tout le monde fait la queue ! Compris ?!
Le coach n’eut d’autre choix de de ravaler sa salive et, la tête baissée et le visage rouge de honte de s’être fait rembarrer par cette horripilante mégère, il recula à l’arrière de la file d’attente sous les regards amusés, mais également compatissants, des autres clients.
Une nouvelle heure s’écoula avant que ne vienne enfin le tour des trois compères.
-    Nous faut un mage. – clama d’entrée Duda.
-    Bonjour ! – jappa en retour la guichetière sur un ton peu amène.
-    Quoi bonjour ? On s’est déjà vus, non ? – répliqua le coach agacé.
-    Ce n’est pas une raison de ne pas répondre, bande de malpolis ! – rouspéta en retour la bonne femme. – Bonjour !
-    D’accord. Bonjour. – intervint Tholot calmement.
-    Le bon de passage ! – tonna alors la fonctionnaire.
-    Putain, on est pas sortis d’ici. – jura Duda plus qu’agacé, en tournant la tête de gauche à droite et en tendant le fameux bon à son interlocutrice.
-    Bien. Qu’est ce qu’ils veulent ?
-    Quoi qu’est ce qu’on veut ?! – hurla le coach, consterné. – On l’a déjà dit, non ? Il nous faut un mage, merde ! On est où, là ? On est pas ici pour acheter du fromage de chèvre, bordel ! Donnez-nous un mage !
-    Vous avez le formulaire adéquat pour cela ?
-    Le quoi ? – s’étonna Eggon.
-    Le formulaire ! – glapit la guichetière. – Pour recourir aux services d’un mage, il convient de remplir le formulaire de sollicitation GM2518LUT. C’est marqué sur le panneau, vous ne savez pas lire ? – finit-elle en désignant un autre panneau situé de l’autre côté de son guichet.
-    Mais bordel à la fin ! – gronda le coach. – Rien à carrer de vos formulaires ! Vous auriez pu nous le dire avant !
-    Pas d’insultes ici ! – tonna la fonctionnaire de manière scandalisée. – Remplissez le formulaire. Et si quelque chose ne convient pas, vous pouvez toujours vous plaindre !
-    Mais bien sur que je vais me plaindre, et de suite ! – Duda hurlait à pleins poumons. – Appelez moi le directeur de ce cirque ! Immédiatement.
-    Ah non. Les plaintes sont à enregistrer sur le formulaire GM2518PL. Vous pouvez le retirer au bureau des plaintes, deuxième étage… - la fonctionnaire n’eut pas le temps de finir sa phrase car le coach se jeta sur les barreaux protégeant le guichet, frappant de toutes ses forces sur le bois et le métal et beuglant tel un forcené : - Mais j’vais m’la faire, c’te truie, j’vais m’la faire !
La fonctionnaire glapit en reculant sur sa chaise, les yeux écarquillés et la bouche tordue par un affreux rictus : - Gardes ! Gardes ! Au secours ! – piaillait-elle en agitant une clochette qu’elle venait de saisir sur son bureau. – Gardes ! A moi !
Quelques instants plus tard, deux factionnaires ogres firent leur apparition dans la salle et se rapprochèrent en toute hâte du guichet, en jouant des coudes pour se frayer un chemin parmi la masse de clients mécontents, qui criaient dans tous les sens. Le brouhaha était immense, entre le coach qui hurlait en tenant de fracasser la paroi qui l’empêchait de s’en prendre à la guichetière, cette dernière qui couinait comme une truie égorgée et les clients se plaignant du remue-ménage, personne ne réussissait à se faire comprendre. Les deux factionnaires saisirent violemment l’entraineur mais avaient du mal à le décrocher des barreaux auxquels il s’agrippait. Ils durent employer les grands moyens et ce n’est qu’au bout de plusieurs minutes d’empoignade qu’ils réussirent enfin à calmer le coach, non sans lui avoir assené quelques rudes coups sur le bout du crâne.

***
Les deux halflings et le coach étaient assis derrière un bureau dans une petite salle obscure, vide de tout ornement. En face d’eux se tenait un fonctionnaire gnome, à la barbichette soigneusement taillée, portant d’amples robes rouges, et coiffé d’un étrange chapeau conique. Il observait Duda d’un ½il désolé, la mine déconfite, alors que ce dernier, dont le visage tuméfié – orné d’un immense ½il au beurre noir – virait au violet, grimaçait de douleur en se massant la nuque.
-    Navrés, nous sommes vraiment navrés Messires. – proclama avec mansuétude le gnome, la voix trahissant une certaine nervosité. – C’est un malheureux accident.
-    Mon cul oui ! – grogna le coach entre ses dents. – M’ont bien amoché vos deux lascars. Y’a pas à dire, ils savent faire l’sale boulot.
-    Je suis désolé, je suis arrivé quelques secondes en retard. – s’excusa son interlocuteur en soulevant les bras, les paumes en l’air. – C’est vraiment un fâcheux malentendu, ce qui vient d’arriver.
-    Tu parles ! – siffla Duda. – J’crois que j’ai deux dents déchaussées. Bordel. On est juste venus pour embaucher un d’vos sorciers, pas pour nous escrimer avec une furie tortionnaire et ses sbires !
-    Veuillez nous pardonner, Messire. – le gnome baissa les yeux, mal à l’aise. – Ursula est notre meilleure agente d’accueil. Une professionnelle admirable. Mais il est vrai qu’elle peut se montrer parfois quelque peu… tatillonne…
-    Tatillonne ? – intervint Tholot contrarié. – Une folle dingue vous voulez dire, oué ?!
-     Si vous voulez. Il n’est certainement pas en nos habitudes de discuter des appréciations de nos illustres clients. Mais je manque à mes obligations ! – s’exclama le robe-rouge. – Permettez-moi d’abord de me présenter, Gontran de Couronne, acolyte du deuxième cercle du collège flamboyant, et responsable du service des requêtes spéciales de la guilde des mages – votre humble serviteur. – conclut-il en inclinant rapidement la tête.
-    Super. Et dites donc, Gontran, est ce qu’on peut avoir notre putain de mage qu’on est venus chercher ! – s’emporta Duda, alors que le gnome cillait des yeux, surpris par ce soudain élan de colère de la part de l’humain.
-    Oui, oui, naturellement. – l’acolyte reprit rapidement contenance. – Nous avons tout ce qu’il vous faut, Messires. La guilde est naturellement prête à satisfaire les moindres désirs des clients si nobles et si… réguliers que la Lutèce Cup. C’est vraiment un immense honneur pour nous qu’une équipe aussi célèbre que le Real Boitar fasse appel à nos services…
-    C’est bon, arrêtes tes palabres mon gars. – le coupa Eggon. – On peut l’avoir notre mage, ou pas ?
-    Oh, pardonnez-moi. – se ressaisit le gnome. – Permettez moi d’abord de vous demander si vous disposez de la somme adéquate pour la prestation.
-    Et comment ! – répondit Tholot le sourire aux lèvres. Il tira d’un pli de sa tunique un bout de parchemin plié et cacheté à l’aide d’un sceau alambiqué. – Voici une lettre de change…
-    Ah, une lettre de change dites-vous. – prit la parole l’acolyte. C’est fâcheux, d’habitude la Lutèce nous verse un pécule sonnant et trébuchant…
-    De quoi ? – tonna Duda, passablement irrité. – Depuis quand on ne peut pas payer la guilde avec une lettre de change ? On n’va quand même pas se promener dans la ville avec un coffre rempli de cent cinquante mille pièces d’or ?! Non mais ça va à la fin ! Prenez cette putain d’lettre de change et donnez-nous le contrat, merde !
-    Certes, certes. – répliqua le gnome en se saisissant du bout de parchemin. – Pardonnez-moi une seconde. Je vais quand même demander à mon responsable… - sur ce, il s’éclipsa de la salle à reculons, en courbant l’échine et fuyant le regard de ses interlocuteurs.
Duda et les halflings attendirent plusieurs longues minutes dans un silence presque total, entrecoupé uniquement par le bruit des doigts du coach, qui tambourinaient nerveusement la table. Eggon et Tholot n’osaient parler, en lorgnant avec appréhension Duda qui, la mâchoire serrée, les yeux fermés et les sourcils froissés, fulminait littéralement et donnait l’impression de vouloir exploser de rage.
-    Tout de même. – Tholot se risqua à un commentaire, la voix hésitante. – Une lettre de change de la Royal Bank of Karaz-a-Karak. Y’a pas d’entourloupe…
-    Ta gueule, Tholot. Ta gueule. – aboya l’entraineur entre les dents, sans jeter un regard au vétéran halfling.
Fort heureusement, la porte s’ouvrit au même moment et Gontran fit son apparition, tenant un dossier jaunâtre entre ses frêles mains.
-    Messieurs ! – annonça-t-il immédiatement, la voix légèrement trembalante. – Une heureuse nouvelle. Mon responsable m’informe que votre lettre de change est acceptée par la guilde. – Il s’assit sur la chaise en face des trois compères et ouvrit son dossier. – Naturellement, dans la mesure où nous devons encore procéder aux formalités d’encaissement de celle-ci, vous voudriez bien avoir l’obligeance de nous régler les frais de dossier qui s’élèvent à…
-    Quoi ?! – hurla Duda en bondissant de sa chaise et en agrippant le gnome par sa barbichette bien taillée. – Tu te fous de ma gueule le nabot ?! Quels frais de dossier ?! Que dalle ! T’auras pas un seul putain sou de cuivre de notre part, t’as compris, p’tit merdeux ! – finit-il par cracher au visage de l’acolyte, puis le repoussa sur la chaise.
Pétrifié, sa barbichette froissée et son chapeau ridicule penché de guignois sur la tête, le gnome mit quelques instants à reprendre ses esprits. Il finit par bredouiller :
-    Eee..xcusez moi de nouveau, Messires. Je vais voir mon responsable.
Puis il s’éclipsa encore une fois, laissant les deux halflings et leur coach de nouveau seuls, dans un silence des plus maussades. Cette fois-ci, personne ne se risqua à prendre la parole. On aurait pu entendre les proverbiales mouches voler – si seulement ces connasses avaient eu l’obligeance de se montrer. Mais même pas. Le gnome revint quelques instants plus tard, recoiffé, la mine enjouée.
-    Cher Monsieur ! – clama-t-il en s’approchant de la table. – J’ai l’immense plaisir de vous informer que, compte-tenu des relations plus que privilégiées entre nos deux institutions, la guilde consent, dans un geste commercial démontrant sa bonne volonté de voir nos relations perdurer, à vous faire grâce de l’ensemble des frais de dossier…
-    Encore heureux, bordel ! –  jura Duda, la mine sévère. – Bon, asseyez vous Messire le gnome, et donnez-nous notre putain de mage !
-    Naturellement. – affirma son interlocuteur d’une voix assurée. – Mais avant cela, est-ce que je peux vous présenter nos nouvelles offres, tirées du tout récent catalogue à paraitre pour l’année prochaine. – Il posa devant les trois compères un épais volume coloré. – Nous avons une toute nouvelle gamme de sortilèges diverses et variés. Nous pouvons vous proposer des sorts de miroir magique, de dissipation d’illusions, de détection de pièges ou de repousse-poils. Nous avons aussi un choix varié de sorts d’enchantements d’armes, armures et ustensiles de cuisine. A moins que vous ne goutiez plus aux objets magiques de notre fabrication ? Nous avons le tout nouveau sifflet anti-chapardage, la fameuse tapette tue-mouches volante ou alors le très demandé gantelet automassant. Nous faisons aussi actuellement une offre promotionnelle sur nos diverses malédictions. Nous accordons une remise immédiate de vingt pour-cent sur les attrape-pustules, les file-morpions et les tombe-chicots…
-    Stop, par tous les démons des enfers ! – gronda l’entraineur. – On veut juste le mage. C’est tout ! On veut juste qu’il balance son putain d’éclair ou sa satanée boule de feu ! Comme d’habitude quoi !
-    Boule de feu dites-vous. – réagit l’acolyte barbu. – Hmmm. Je suis dans l’obligation de vous rappeler que la guilde rejette toute responsabilité en cas d’incidents quelconques dus à la manipulation de sorts de combat durant un événement sportif, et ce même en cas de blessures du public ou des joueurs, ayant entrainé la mort ou pas…
-    C’est bon ! Arrête ton charabia. On connait la rengaine. – siffla Eggon agacé. – Tu nous le donnes le j’teur de sorts ou pas ?
-    Oui, oui, tout de suite. – Répondit Gontran en ouvrant de nouveau son dossier. – Voilà. Nous avons le sorcier qu’il vous faut.
-    C’est qui ? – demanda Tholot impatient.
-    Alors, il s’agit d’un de nos plus éminents spécialistes dans les arcanes obscures de la magie de la terre, infatigable aventurier et grand dompteur de fauves fantastiques, prénommé… Robert le Naturaliste. – conclut l’acolyte dans un geste théâtral.
Le silence tomba dans la salle.
-    Robert ? – fit Eggon, quelque peu étonné.
-    Le Naturaliste ? – rajouta Tholot, interloqué.
-    C’est-à-dire genre… il se balade à poil ? – compléta Eggon sur un ton dubitatif.
-    Naturaliste, Eggon. Pas naturiste. – grogna Duda sans desserrer la mâchoire. – Qu’est ce que vous voulez qu’on foute d’un enfoiré d’druide cueilleur de champignons ?
-    C’est que nous sommes en effectifs réduits pendant la période des fêtes. – essaya d’argumenter Gontran, visiblement mal à l’aise. – Robert remplace actuellement Volkun le Foudroyant, notre mage habituellement attitré pour les rencontres de Blood Bowl.
-    Quand même. Robert le Naturaliste, ça ne fait pas très mage, ça. – observa Eggon, stupéfié.
-    Oh, mais je peux vous assurer que Robert est un mage de ce qu’il y a de plus mage ! – énonça le gnome avec conviction. – Grand Scholiaste de l’Encyclopedia Universalis Ars Magica Naturalis, inventeur de la technique de tannage à sec des cuirs de loutre et membre distingué du septième cercle druidique…
-    Il sait lancer une boule de feu au moins ? – intervint Duda d’une voix laissant transparaitre une irritation certaine.
-    Euh. – reprit Gontran légèrement confus. – En principe, oui.
-    Comment ça, en principe ? – grogna le coach.
-    Non, j’veux dire oui. Certainement. – répondit le robe-rouge en relevant la tête. – Bien sûr.
-    J’en sais rien coach. – réagit Eggon. – Ça pue un peu c’te histoire. 
-    Vous savez quoi, Gontran. – répliqua Duda en regardant le gnome dans le blanc des yeux. – A bien y réfléchir, on va peut-être finalement pas l’prendre, votre mage.
-    Ah, mais Messire, je suis navré. – rétorqua l’acolyte. – J’ai déjà transmis votre lettre de change à la comptabilité. Votre commande a fait l’objet d’un enregistrement en bonne et due forme par nos services comptables et la guilde ne rembourse pas les sommes encaissées.
-    De quoi ?! – tonna le coach. – Bande de chacals galeux ! Vous voulez encore nous la faire à l’envers !
-    Calmez-vous, calmez-vous Messire ! – implora Gontran, la voix posée. – Vous n’avez certainement pas manqué de prendre connaissance de nos conditions générales d’intervention. Je vous prie de vous reporter à l’article quatorze bis, paragraphe trois du petit b du codicille susvisé, il y est bien mentionné que la guilde n’assure aucun remboursement des prestations acquittées, pour quelque raison que ce soit, même en cas de force majeure, et ce même si le client a finalement décidé de ne pas recourir aux services de nos spécialistes…
-    D’accord, d’accord, vous avez gagné. – grinça Duda, exaspéré. – Il habite où votre gars ?

***

Plus d’une heure après, exténués par leurs pérégrinations matinales, et frigorifiés à force de crapahuter dans tous les sens dans une ville bondée de monde, le coach et ses deux joueurs se retrouvaient devant la porte d’une vieille chaumière délabrée, située près d’un ruisseau dans les faubourgs de la capitale. L’ambiance y était bien plus calme que dans le bouillonnant centre-ville. Des enfants vêtus de loques crasseuses gambadaient en s’esclaffant dans les rues boueuses, alors que quelques ménagères lavaient leur linge près de la fontaine. Des oies et des poules se baladaient à l’air libre et un charretier nain réparait la roue d’une vieille carriole emplie de fourrage d’hiver. Des bruits de marteau frappant sur un enclume, provenant certainement d’une forge toute proche, parvenaient également aux oreilles des trois amis. L’air frais de la campagne se faisait sentir tout autour. Tout respirait le calme et la quiétude.

-    Crénom d’dieu ! – gronda une voix puissante provenant de l’intérieur de la chaumière, faisant sursauter les trois compères, qui se regardèrent circonspects.
-    C’était quoi ça ? – demanda Eggon, étonné.
-    On s’en fout. – rétorqua le coach. – On entre.
Il poussa la porte fatiguée et entra dans la masure, suivi par les deux halflings hésitants. Ils se retrouvèrent dans une pièce mal éclairée, au plafond bas, emplie d’un fatras indescriptible de bric et de broc, posé partout à l’emporte-pièce, sans une once d’un quelconque sens de l’ordre. Des piles de livres et de parchemins poussiéreux s’entassaient sur le sol et sur une grande partie du bureau situé au milieu de la pièce, sur lequel trônait également un appareillage d’alchimie vétuste. Tout autour de la pièce, se dressaient des étagères emplies de bocaux, de coupelles, de sacs et de récipients divers, tous remplis d’ingrédients, de liquides, de plantes ou de graines plus étranges les uns que les autres. Des bougies largement entamées et éteintes jonchaient les rares espaces vides, répandant des trainées de cire froide à même les meubles. Du plafond pendaient de multiples fleurs et herbes séchées, ainsi que des morceaux de viande fumée. L’air empestait le souffre, la moisissure et le renfermé. Au fond de la salle, ils avisèrent un vieillard efflanqué, qui s’acharnait à tirer un sac de toile de sous une pile de livres abimés.

-    Est-ce qu’on peut vous aider ? – demanda Tholot posément en brisant le silence.
-    Attendez, j’suis à vous dans un instant. – déclara en soufflant l’ancêtre en tirant d’un coup sec sur le sac, faisant tomber par la même occasion la pile d’ouvrages qui retenait celui-ci prisonnier. – Ah, saperlipopette. J’ai enfin réussi à les retrouver. Mes plumes de corbeau albinos. C’était là que je les avais mises. Je le savais pourtant ! Mais j’ai oublié. – s’exclama-t-il visiblement content.
Il se rapprocha de Duda et des deux halflings, lesquels firent face à un humain âgé, décharné, à la chevelure grise dégarnie et à la barbe et moustache rachitiques, doté de petits yeux cernés situés de part et d’autre d’un nez proéminant et bulbeux. Le sourire de travers de l’individu laissait apparaitre une dentition fortement manquante et son odeur corporelle présumait d’un sens de l’hygiène plus que douteux et d’un penchant certain pour les revigorants alcoolisés. Il était accoutré de haillons rapiécés d’un vert délavé et portait autour du ventre une épiasse ceinture tissée en chanvre, sur laquelle divers colifichets et autres babioles étaient attachés.
-    Robert le Naturaliste, c’est vous ? – demanda assez sèchement Duda.
-    Pourquoi ? Vous lui voulez quoi à Robert ? – balbutia leur interlocuteur en plissant les yeux, quelque peu suspicieux.
-    Ba rien. On veut louer ses services ! – réagit posément Tholot.
-    Ah ben, dans ce cas c’est bien moi Robert ! Qui c’est qu’ça peut être d’autre ? – répondit en souriant leur interlocuteur. – Un peu qu’c’est moi.
-    Vous auriez pu l’dire tout de suite. – observa Eggon en faisant la moue.
-    C’est qu’vous voyez, on sait jamais sur qui on peut tomber. Trois individus patibulaires qui entrent dans ma modeste échoppe, j’peux pas savoir ce qu’ils m’veulent. – argumenta le vieillard.
-    Mais vous êtes bien mage ? – continua Eggon sur le même ton.
-    Et comment ! – affirma Robert en relevant le menton, le regard soudainement fier. – Membre du septième cercle druidique. Pourquoi cette question ?
-    Mais parce que Robert, c’est pas vraiment un prénom pour un mage. – fit observer Tholot, sur un ton embarrassé.
-    Ah. Et qu’est ce que vous en savez vous, c’est quoi un prénom d’mage, après tout ? – riposta leur hôte avec agacement. – Parce qu’on est mage, tout de suite il faut qu’on s’appelle Rundalf ou Gardakan ou Khelban ou mieux encore, Laerthis. Tous ces prénoms pompeux et grand-guignolesques avec des K, des H et des G de partout, pour faire sombre et mystérieux ! – s’offusqua-t-il. – Pouah. Ridicule. Moi, j’m’appelle Robert, et Robert est mon prénom ! Et j’suis un mage. Et ça m’va très bien !
-    Mais, votre patronyme. Le naturaliste… - réagit Eggon étonné.
-    Quoi ? Il est pas bien mon patronyme ? Il s’avère que ma spécialité, ce sont effectivement les sciences de la nature ! – s’offusqua de nouveau Robert. – Vous êtes marrants, vous autres profanes. Pour vous, un sorcier, il doit avoir un surnom de péteux arrogant sinon ça ne l’fait pas, c’est ça ? Le Maléfique, le Mystérieux, le Méphitique, le Démonologue, le Nécromant, le Diabolique, le Pyromane, le Sardonique, ça c’est des patronymes de mage qui vont bien. Ca c’est des gars sûrs ! Mais le Naturaliste, c’est qu’un vulgaire fouilleur de crottin, c’est ça ?! – fulmina le mage avec véhémence.
-    C’est-à-dire que… - voulut rétorquer Tholot, la mine déconfite, visiblement navré et estomaqué par la diatribe du vieillard.
-    C’est-à-dire que rien du tout ! – l’interrompit Robert, le visage sévère. – Ah ça, pour balancer des détonations et des explosions et tout faire pêter à grands coups d’boules de feu, de vents mortels et d’effets de manches, y’en a des tas ! Ça c’est sûr. Mais lorsqu’il s’agit de ramener à ces Messieurs, les Grands Sorciers d’mes deux, les ingrédients pour leurs sorts à la noix, pour trouver d’la pyrite, d’la malachite ou pour découvrir un nouveau gisement d’orichalque, y’a plus personne !
-    On ne voulait pas vous offenser. – réagit Eggon calmement, mais le mage ne l’écoutait pas.
-    Et quand il a fallu indiquer l’épidémie de gale sarcoptique qui décimait les renards de la Grande Forêt, à qui ils ont fait appel, ces Messieurs de la haute, hein ?! – piailla le vieillard coléreux, en postillonnant. – Ou stopper l’anthracnose des hêtres, on a demandé à qui, hein ? A bibi, oui ! A bibi ! – affirma-t-il solennellement en redressant la tête en en se tapant le torse du pouce. – L’écosystème ! Vous y pensez un peu, vous ?!
-    Ah oué, j’comprends mieux. – répondit Eggon sur un ton interrogatif.
-    On s’en fout. – le coupa rudement l’entraineur. – Nous sommes d’la Lutèce, pas de l’association des amis des chenilles. La Lutèce. Le championnat de Blood Bowl. Vous connaissez ?
-    J’en ai entendu parler. Vaguement. – répondit le mage distraitement. – Qu’est ce qu’j’ai à voir avec ça moi ?
-    Comment ça qu’est ce que vous avez à voir ? – gronda tout à coup Duda. – C’est votre satanée guilde qui nous envoie dans votre trou à rats ! Il parait que vous êtes de service en remplacement d’un certain Volkun ! Bordel !
-    Ah oui, c’est vrai. Volkun. – le mage cilla pensivement. – Un sacré abrouti celui-là, si vous voulez mon avis. Comment qu’il s’la joue avec ses sorts clinquants, ses habits d’péteux et ses grands airs d’Môssieur l’archimage ! Pfff. Enfin bref. Oui, j’me rappelle. P’tet bien que j’le remplace ce bigre.
-    Bon, et alors ? – demanda Tholot. – Vous pouvez nous aider ?
-    Vous aider en quoi mes p’tits ? – riposta avec surprise Robert.
-    Comment ça en quoi ? On vous a loués pour notre match de demain, vieux débris ! – hurla Duda avec rage.
-    Calmez-vous, coach. – réagit Eggon. – On a besoin d’vous pour que vous jetiez une boule de feu sur le terrain au moment propice, ou un éclair.
-    Boule de feu, dites-vous ? Eclair ? – s’étonna le mage. – Mais dites donc, c’est très dangereux ce que vous m’demandez là, les jeunes ! Une boule de feu en pleine ville, mais vous vous rendez compte des dégâts que ça peut causer ! Un éclair c’est pareil, d’ailleurs ! Non, non, non, c’est totalement imprudent, risqué, dommageable et ça peut être destructeur. Une mauvaise manipulation, un mauvais geste, et ça peut déraper très vite. En un rien t’temps, pouf ! Tout un quartier peut cramer comme d’la paille. Ça va pas la tête, vous autres ? – protesta-t-il en direction de ses visiteurs. – Vous voulez pas plutôt que j’vous soigne vos cors au pieds ?
-    Parce que vous avez un sort pour ça ? – s’étonna Tholot.
-    Un sort ? Non gran’dieu ! J’connais pas d’sort pour ça. – déclara le mage. – Mais j’peux vous préparer un p’tit onguent d’ma spécialité, à base de racines de molène noire et d’sang d’bouquetin, vous m’en direz des nouvelles ! En deux semaines vous serez guéris !
-    Arrête ton charabia, l’vioc’. – gronda le coach. – Tes décoctions, tu peux t’les foutre où j’pense ! On veut une boule de feu.
-    Mais c’est dangereux, les conséquences peuvent être néfastes, funestes ! – bredouilla leur interlocuteur.
-    C’est sur un terrain de sport que tu vas le balancer, ton sort, pas en pleine ville, espèce de vieux débris ! – riposta le coach avec véhémence. –  Et tu le feras pile au moment où je te le dirais. Je te rappelle qu’on a loué tes services. Tiens, d’ailleurs voici le contrat. – conclut-il en tendant au mage un parchemin roulé et ficelé à l’aide d’un cordon sur lequel figurait l’emblème de la guilde des mages.
-    Aha. Le contrat dites-vous. – réagit Robert pensivement en prenant le document que lui tendait Duda. Il défit le cordon, déroula le parchemin et lut son contenu avec un certain effort, en plissant les yeux, la bouche ouverte et la langue pendante. Finalement, il affirma : – Tout à l’air en règle, pour sûr. Ah, mes aïeux, j’crois que j’ai pas l’choix. Mais…
-    Y’a pas d’mais qui tiennent. – affirma l’entraineur plus calmement, mais avec autorité. – Le contrat a été conclu. Donc boule de feu ou éclair, demain au stade. Vous savez au moins faire ça, l’ancêtre ?
-    Bah, ça dépend.
-    Comment ça, ça dépend ! – hurla le coach dans un nouvel excès de colère. – Vous savez ou merde, à la fin ?!
-    J’vous dis que ça dépend ! – protesta vivement Robert. – Vous savez la quantité de souffre qu’il faut pour lancer une boule de feu ? Non, vous ne l’savez pas, évidemment. Et les ingrédients pour un bon éclair ? Pareil. Et c’est normal, vous êtes pas des sorciers ! Crénom d’dieu !
-    Et alors ? – demanda Eggon sur la défensive.
-    Alors, il s’avère que ces ingrédients, je les ai pas. – déclara le mage sur un ton professoral.
-    Qu’est ce que j’en ai à fiche ! – tonna l’entraineur. – C’est à vous de faire l’boulot, le reste m’importe pas.
-    Bah, c’t’à dire qu’en principe, c’est à vous d’me filer les ingrédients nécessaires. C’est marqué en tout petit sur le rebord du contrat. Regardez. – affirma Robert en montrant le parchemin aux halflings et à Duda.
-    Ah les enfoirés ! – râla ce dernier la mine sévère. – Il nous ont bien entubés. Sales bâtards d’mages.
-    Attendez, coach ! – réagit tout à coup Tholot. – Gontran le gnome. Il nous a donné un autre parchemin aussi. Il a dit que c’était à donner au mage, justement ! – Il sortit alors de sa besace un tube oblongue, scellé à la cire. – Tenez ! – dit-il en tendant l’objet au vieillard.
-    Qu’est ce qu’nous avons là ? – s’interrogea celui-ci en ouvrant le tube. – Et bien voilà ! Fallait commencer par ça. Pas la peine de crier et d’faire tout votre tsointsoin à la mord-moi l’n½ud !
-    Quoi ? De quoi ? – rétorqua Duda, qui n’avait toujours pas décoléré.
-    Un parchemin magique. Un double en plus. – répondit calmement Robert en montrant ses chicots abimés. – Sort de boule de feu et d’éclair.
-    Et vous savez l’utiliser ? – questionna Eggon sur le ton de l’espoir.
-    Naturellement ! – affirma le mage avec allant. – J’suis grand mage après tout ! J’sais lire un parchemin magique. En réalité, c’est à la portée de tout le monde. Faut juste savoir déchiffrer les runes.
-    Et vous savez, vous ? – continua Eggon dans l’expectative.
-    Ba oui. – répondit Robert sur un ton blasé. – Quand même. Par contre, c’est à usage unique, hein. Ce sera soit boule de feu soit éclair.
-    Fait chier ! – jura Duda en tapant du poing dans sa paume. – Tant pis. On fera avec. Demain au stade. On vous attendra. Et vous avez intérêt à pas vous louper, l’vioc’. Vous n’avez pas intérêt ! – conclut-il en grognant de manière menaçante, la mine hargneuse, la bouche tordue dans un rictus mauvais.

***

cool


Pourquoi les Nains ont la bière et les Elfes la magie ?
Parce que les Nains ont choisi en premier...

Hors ligne

 

#134 08-01-2019 16:45:26

Duda
Star
Date d'inscription: 15-01-2007
Messages: 1032
Real BoitarDEATHCLAWS

Re: ANNONCE

Et la suite, naturellement  (2e message car c'est trop long sinon) :

C’était la seconde mi-temps du match, opposant les valeureux halflings du Real Boitar aux cruels nains chaotiques des Gens Bons de Pays, coachés par le génialissime OON. L’atmosphère dans le stade était volcanique. Les gradins étaient remplis à ras-bord par une masse tonitruante et déchainée de pas moins de trente mille supporters fanatiques, venus encourager les belligérants du soir.

La Ligue avait une nouvelle fois vu les choses en grand pour ce match de gala, pour le bonheur des spectateurs. En haut des gradins, des étendards aux couleurs des deux équipes claquaient dans le vent, et les loges étaient pleines d’invités de marque, qui regardaient la rencontre d’un ½il quelque peu distrait, et se prélassaient dans de confortables fauteuils en s’imbibant de cocktails raffinés et en s’empiffrant de mets délicats. Un concert du nouveau groupe à la mode – les Poetic Lovers – avait été prévu en levée de rideau, mais il rencontra un accueil somme tout assez modéré de la part du public du stade, lequel goûtait visiblement peu aux polyphonies disons… avant-gardistes… de chantres orques à la voix puissante et roque. Un spectacle affriolant de majorettes elfes avait, par ailleurs, été prévu à la mi-temps du match, lequel chauffa davantage encore un public surexcité et au comble de l’explosion. Les supporters des deux équipes avaient, pour leur part, préparé deux magnifiques banderoles d’encouragement pour leurs idoles, et drapeaux, écharpes ou fanions étaient brandis haut dans les tribunes.

Tous ces éléments échappaient toutefois à Calben Durpoil, alors que les halflings menaient une rude épreuve de force contre des adversaires bien plus physiques et tenaces que les frêles halflings. Le clinquant et les paillettes du dispositif de la rencontre s’arrêtaient ainsi au bord de la pelouse. Sur le gazon, en effet, régnaient la violence, la folie et le chaos d’âpres combats. Pressés de toutes parts par de coriaces rivaux, les joueurs du Real Boitar refusaient de céder le moindre pouce de terrain, et répondaient avec une hargne insoupçonnée aux rudes coups que leur assénaient les nains du chaos. Partout sur le terrain, ce n’était que sang, salive et râles d’agonie. La brutalité du match était inouïe et le fait que les halflings ne se retrouvaient toujours pas en infériorité numérique en ce début de seconde mi-temps tenait certainement du miracle.

D’aucuns purent certainement avoir l’outrecuidance de prétendre que le comportement fortement douteux des Gens Bons de Pays – lesquels étaient pris de fortes nausées et de tremblements inopinés – s’avérait être une aide précieuse, et quasiment inespérée, pour les valeureux halflings, mais il ne pouvait s’agir que de calomnies outrancières de quelques personnages fielleux et amers, manifestement envieux de l’aura de gloire dans laquelle baignait le célèbre Real Boitar. Le fait que Roël Jobuchon – le célèbre cuisinier halfling – trônait fièrement, tout sourire, aux côtés de l’entraineur du Real, n’était que pure et simple coïncidence et personne ne pouvait oser prétendre, sinon en faisant preuve d’une évidente mauvaise foi, que le repas d’avant-match préparé par le chef pour les deux équipes avait pu avoir une quelconque incidence sur l’indisposition flagrante des nais du chaos. Il n’en était rien, tout naturellement, et si les halflings rendaient coup-pour-coup la monnaie de leur pièce à leurs adversaires, et vendaient très chèrement chaque centimètre carré du terrain, c’était certainement dû à leur légendaire pugnacité et à leur fabuleuse vaillance, et non pas à un quelconque malheureux subterfuge qui aurait pu être mis en place par le coach Duda.

Quoi qu’il en soit, il était impossible à Calben de réfléchir à tout cela alors qu’il progressait, lentement mais surement, la balle calée avec assurance entre ses mains, entouré de plusieurs de ses camarades, en plein milieu du camp adverse. Les coups pleuvaient de toutes parts, mais les haflings – bien protégés des deux côtés par les imposants hommes-arbres – demeuraient compacts et repoussaient avec hardiesse les coups que tentaient de leur asséner les joueurs des Gens Bons de Pays. Le Real se devait de faire une bonne impression ce soir, les halflings devaient se racheter une conduite, ils devaient prouver qu’ils étaient encore présents, qu’ils n’étaient pas finis, qu’il fallait compter sur eux. Après plusieurs prestations désolantes, déplorables et franchement honteuses, les joueurs devaient se réhabiliter auprès de leur public, auprès de leur coach, et surtout auprès d’eux-mêmes. Ils se devaient de redorer le blason du club, d’embellir une image dernièrement écornée, mais principalement, ils devaient regagner cet état d’esprit combattif et hargneux qui les caractérisait si bien en début de saison. Et ils y arrivaient. Chose incroyable mais vraie, ils luttaient d’égal à égal contre des adversaires, à première vue, bien plus athlétiques, plus vigoureux et plus charpentés qu’eux.

La première moitié de la rencontre, dominée par un combat acharné pour la possession de la balle, vit les deux équipes se neutraliser mutuellement. Pour le plus grand plaisir de leur coach, les halflings opposèrent une vive résistance à l’attaque, somme toute assez asthénique, des nains du chaos et de leurs séides hobgobelins. Il n’en demeurait pas moins que, malgré notamment une apathie consternante des deux centaures-taureaux – pas en verve ce soir – les Gens Bons de Pays menaient au score. Une peau-verte réussit en effet à s’échapper du marquage que lui imposaient deux joueurs du Real Boitar et, protégée par plusieurs de ses coéquipiers, elle progressa à toute vitesse vers l’en-but halfling. Incapables de rattraper le hobgobelin, les semi-hommes tentèrent un repli stratégique, mais se confrontèrent à un mur compact de bloqueurs nains, savamment organisé par le stratège OON, lequel les empêcha d’atteindre le porteur du ballon avant que celui-ci n’aplatisse le cuir dans la zone.

Malgré une tentative de lancer de coéquipier magnifiquement ratée en toute fin de première mi-temps, la partie était loin d’être jouée, dans la mesure où il restait au Real Boitar toute la seconde moitié du match pour essayer de revenir au score et – qui sait – d’inverser totalement le cours de la rencontre. Cette constatation était d’autant plus aisée qu’ils reprenaient le jeu avec leur effectif quasiment au complet, si ce n’est ce pauvre Lorel qui – une nouvelle fois – dut subir les foudres gratuites et honteuses d’un arbitre bien trop tatillon, lequel expulsa injustement le malheureux halfling pour un soi-disant coup sur le ménisque d’un centaure-taureau ayant malencontreusement glissé sur le terrain…

C’est la raison pour laquelle Calben se retrouvait, entouré de ses coéquipiers, à jouer des mains et des coudes pour tenter de progresser vers la zone d’en-but adverse. Ils avançaient. Ils poussaient de toutes leurs forces sur la pelouse boueuse, bien agrippés les uns aux autres. Les coups de poing et de pied arrivaient de toutes parts, mais aucune ne réussissait à atteindre Calben qui, la tête enfouie dans ses épaules, les lèvres retroussées et le font plissé, gardait les yeux rivés sur son objectif. A l’avant, les deux hommes-arbres nettoyaient la zone à grands coups de branches, et faisaient voltiger les imprudents adversaires qui avaient l’audace de se mettre à travers de leur chemin. Sur la gauche, Aldo, Mirfu et Tholot faisaient des miracles en encaissant les rudes bousculades des nains qui tentaient de les déborder sur l’aile. Son côté droit était solidement protégé par Waldi et le jeune Hal, lequel faisait montre d’une incroyable résistance et d’une combattivité ahurissante pour un joueur aussi inexpérimenté. Calben dut d’ailleurs le rabrouer à plusieurs reprises en essayant de calmer l’allant du jeunot, lequel avait tendance à se lancer en avant des lignes adverses de manière trop téméraire, au risque d’affaiblir la cage formée par les joueurs halflings.

Au milieu des hurlements, des cris, des corps affalés sur la pelouse, la cage avançait, lentement mais sûrement. Cablen ne comptait plus le nombre de coups reçus sur le bout de son casque ou sur les épaulettes de son armure. Il voyait, de temps à autre, une main adverse arriver de gauche ou de droite, un pied perforer la défense halfling, voire une affreuse tête naine ou hobgobeline faire son apparition au milieu des ses coéquipiers. A chaque fois, les défenseurs repoussèrent les belligérants, à chaque fois, une poussette, un blocage ou une feinte permettaient aux haflings de se sortir du marquage adverse.

Et ils avançaient, tels des forcenés, tels des bagnards enchainés les uns aux autres sous les coups de fouet de leurs matons, dans le sang, la boue et la puanteur ambiantes, parfois en ployant le genou, parfois en chutant, mais toujours en se relevant, les dents serrées, hurlant leur rage au visage de leurs adversaires. L’on aurait dit des galériens qui, tout à coup inspirés par une grâce divine, s’élèvent de leur état pathétique et, dans un même mouvement d’enthousiasme empreint d’une poignante dramaturgie, sont emportés par un objectif commun, jusque-là inatteignable pour eux.

Peu à peu, Calben se faisait avec l’idée que rien ne semblait pouvoir arrêter la progression du Real Boitar. Entre les esquives, les chahuts et les blocages qu’il repoussait, Calben ne savait où donner de la tête. Dans ce vortex de violence, il lui sembla avoir enjambé la masse corpulente d’un nain du chaos inanimé, saignant à gros bouillons de tous les orifices, mais il n’était pas sur qu’il ne s’agissait pas d’un de ses coéquipiers. Il n’avait pas le temps de réfléchir à cela, son objectif était clairement visible, et à portée de ses pieds – pouvait-on croire – et ce d’autant plus que la résistance adverse semblait avoir diminué de force.

Soudain, il entendit un affreux bruit d’os brisés sur sa gauche et eut juste le temps de voir Aldo voltiger dans les airs, une gerbe écarlate suivant sa course dans les airs, alors qu’un centaure-taureau était parvenu à se glisser dans la défense halfling et assénait un violent coup de sabot au malheureux joueur du Real. Calben détourna les yeux en grimaçant et priant pour son ami, mais voilà que le bovidé se précipitait à sa rencontre au travers du trou laissé béant par la chute d’Aldo. C’est alors que le tonnerre gronda, le ciel s’obscurcit à une vitesse incroyable et – miracle ou magie – un éclair maléfique frappa de plein fouet le centaure-taureau belliqueux et le cloua instantanément au sol. La voie était désormais dégagée pour Calben, qui put se précipiter vers l’avant, accompagné de Waldi, Hal et l’éternel Tholot – ses trois valeureux camarades qui purent demeurer à ses côtés, seuls rescapés de ce qui restait de la cage halfling.

C’est alors, et bien qu’il ne restât que quelques mètres à parcourir aux joueurs du Real Boitar pour atteindre la délivrance si avidement recherchée, et que constituait la zone d’en-but naine, que l’invraisemblable se produisit. Cendrechêne Boisnoir, pourtant très en verve ce soir – auteur de plusieurs blocages spectaculaires et grand pourfendeur des guerriers nains - s’immobilisa tout à coup sur la pelouse et cessa purement et simplement de bouger. Était-ce la fatigue ou un autre coup fourbe et malicieux de leurs adversaires, il n’en demeurait pas moins que cet indicent malencontreux laissait l’arrière de l’attaque halfling exposée à un retour inopiné des nains et hobgobelins.

Naturellement, comme le veut l’expression consacrée, les malheurs n’arrivent jamais seuls et là ou l’un pleure l’autre rit. Ce qui devait arriver, arriva. Alors qu’il fonçait à toute l’allure que lui permettaient ses petits pieds velus, et qu’il voyait la zone d’en-but s’approcher de plus en plus, Calben fut percuté de plein fouet, par l’arrière, par un hargneux nain du chaos. A quelques petits mètres du touchdown… Il hurla de douleur et tomba à la renverse, faisant dans le même temps tomber le ballon. Quelle désillusion pour le Real Boitar, quel cruel sort s’acharnait sur les halflings ? Un vent de tristesse et de déception souffla tout autour du stade. Le public hua de déception et de rage cumulées. Si près du but, et pourtant si loin, la chance venait de tourner, d’abandonner les pugnaces semi-hommes, elle changeait de camp au moment le plus dramatique, à l’instant le plus crucial, au paroxysme du suspense ! Et voilà qui était fait des espoirs halflings et de l’ensemble de leurs supporters. La balle tomba sous les pieds de pas moins de trois hobgobelins, qui se firent un malin plaisir à s’en saisir et à la mettre rapidement à l’abri au milieu du terrain, vide de tout joueur du Real Boitar.

Il restait une chance, une infime chance pour les halflings de récupérer le cuir et de tenter, malgré tout, de marquer ce touchdown qui les fuyait. Et ça a failli réussir ! Mais failli seulement. Grâce à un nouveau repli stratégique parfaitement exécuté, Hubert Fraisgigot réussit à faire choir le hobgobelin ayant récupéré la balle. Celle-ci tomba tout près de la ligne de touche. Le jeune Hal s’étant positionné dans l’en-but, il attendit qu’Hubert récupère le cuir et tente de le lui lancer. Mais les dieux du Blood Bowl avaient indubitablement décidé de tourner définitivement le dos au Real Boitar ce soir, car le halfling échoua lamentablement dans sa tentative de récupération du ballon, trébuchant gauchement alors qu’un nain du chaos revenu à la hâte – qui l’eut cru de la part d’un nain ? – lui assénait un croche-pattes des plus bienvenus, au grand soulagement de leur coach OON, lequel, les yeux écarquillés et les mains sur les joues, haletait d’angoisse au bord de la pelouse. 

Toutefois, les malheurs du Real Boitar ne devaient pas s’arrêter à cette mésaventure, dans la mesure où la balle fut rapidement récupérée par un autre hobgobelin, lequel, dans un geste de grâce et de fluidité quasi-elfiques, le lança dans les airs à destination d’un de ces congénères esseulés. Le ballon décrivit une parabole parfaite, tournoyant légèrement sur lui-même et atterrit parfaitement dans les mains griffues de la peau-verte. Il ne restait plus qu’à cette dernière de se précipiter, à toutes enjambées, vers la ligne d’en-but halfling, totalement libre de tout marquage, pour inscrire le second touchdown des Gens du Bon Pays, juste avant le coup de sifflet final.

Dans les gradins, le chaos régnait et un vent de folie soufflait. La moitié du stade hurlait de joie après ce second point marqué par les nains du chaos, l’autre moitié demeurait silencieuse, les mines moroses et consternées. Les halflings étaient pourtant si près du but, si près de l’égalisation, il suffisait de quelques pas supplémentaires, quelques malheureux pas, mais le hasard, les circonstances ou bien les dieux en ont voulu autrement. La débâcle était totale pour le Real Boitar. Ils quittaient le stade déconfits, désespérés, les larmes aux yeux. Tant de souffrance, tant d’efforts, tant de sang versé, pour rien, pour rien… Et le pire les attendait encore…

***

Un silence lourd et pesant régnait en maître dans le vestiaire, entrecoupé uniquement par les reniflements d’angoisse des joueurs et les râles d’agonie d’Aldo. Personne ne parlait. Ils avaient tous les larmes aux yeux, certains ayant enfoui la tête sous une serviette, d’autres se cachant la face dans les mains, d’autres encore demeurant totalement immobiles, comme paralysés. Certains regardaient le coach, pleins d’espoir, leurs visages pétrifiés dans une expression de supplique, de prière, en quête d’un miracle qu’ils savaient impossible. Leur ami, leur compagnon se mourrait, et tous redoutaient l’inévitable.

-    C…ccoach… - bredouilla Aldo en crachant du sang, alors que le liquide rougeâtre s’échappait de ses lèvres, de son nez et de ses oreilles. – Ddde l’eauuu…
-    Chut, chut, Aldo. – fit le coach en s’approchant rapidement de son protégé et en lui versant dans la gorge quelques gouttes d’eau à l’aide d’une éponge imbibée. – Ne parles pas mon, p’tit, garde tes forces. – le supplia-t-il d’une voix enrouée et tremblante.
-    Ccc..oach, on a gagné ? Dddites moi qu’on a gagné. – l’interrogea Aldo fébrilement.
-    Mais oui mon p’tit. On a gagné, bien sur qu’on a gagné. – répliqua Duda en ravalant ses larmes. – Tu as été formidable. Tu leur as montré ce qu’était un vrai joueur du Real.
-    On t’a vengé Aldo ! – hurla tout à coup Sherlock en sautant de son banc. – On l’a eu cet enfoiré d’centaure ! Et on a rajouté un nain en plus !
-    Ta gueule Sherlock. – répliqua Tholot posément. – Sérieux, ferme ton clapet.
-    Ccc…oach ? – demanda à nouveau Aldo, du sang s’écoulant à flots de sa bouche.
-    Oui mon p’tit ? Dis moi ? – réagit Duda avec douceur en lui serrant la main.
-    Je meurs, pas vrai ? – l’interrogea-t-il avec un hoquet.
-    Mais non, mais non. Dis pas d’bêtises. – répondit l’entraineur, ne pouvant plus bloquer ses larmes. – Ne t’inquiète pas, on va te soigner, on va t’remettre sur pied. Tu vas être avec nous bientôt, très bientôt…
-    Cccc…oach. – fit Aldo les yeux dans le vague. – J’vois ma mère… Ccccc…oach….
Puis, lentement, tout doucement, il ferma les yeux et cessa de respirer. Tout simplement…

***

Ce même soir, ils dressèrent une grande estrade de bois dans un champ et y déposèrent leur camarade, emmitouflé dans un linceul blanc. Ils y mirent le feu et regardèrent le corps de leur ami emporté par les flammes, alors que l’âme d’Aldo rejoignait le Panthéon des légendes du Blood Bowl. Tous pleuraient à chaudes larmes et Waldi était inconsolable. Il demeurait neurasthénique, immobile, la tête basse et les yeux mi-clos. Il n’avait plus la force de pleurer. Personne ne dit rien ce soir. Il n’y avait tout simplement rien à dire.

Enfin, presque personne.

Le dernier à quitter le bûcher funéraire fut étrangement Sherlock, lequel déclara en direction des flammes, crachant au sol comme pour conjurer le mauvais sort :

-    N’empêche, on l’a bien eu c’t’enculé…

cool


Pourquoi les Nains ont la bière et les Elfes la magie ?
Parce que les Nains ont choisi en premier...

Hors ligne

 

#135 09-01-2019 09:37:53

Scarabee
Champion
Lieu: Boulogne-Billancourt
Date d'inscription: 05-01-2018
Messages: 492
Site web
E.S. Pu. d'Epier

Re: ANNONCE

https://i.giphy.com/media/4tOritRESjVra/giphy.gif


Personne n'aime les mauvais perdants. Soyez beaux perdants, évitez de gagner ! roll

Hors ligne

 

#136 10-01-2019 09:33:39

Azzroag
Commissaires
Lieu: Issy les moulineaux
Date d'inscription: 15-06-2009
Messages: 5704
Friends and starsTout en cartons

Re: ANNONCE

Génial.

Par contre une petite remarque : le sorcier faisant boule de feu et éclair n existe plus. Maintenant on en a un qui fait boule de feu et zap. Regarde ta fiche que drah a créé pour la description des inducement possibles


"Ecoute gamin, quand tu auras fait la teflon tu pourra revenir me causer de bloodbowl, retourne donc teter les seins de ta mere et va au lit, c'est bientot 20h.
Eddie : "Si Aredhel et le Sgt sont devant moi au classement à la date du LB, non seulement je joue en String mais avec en plus "Mamar Forever" écrit sur le boule..."

Hors ligne

 

#137 10-01-2019 10:05:57

Duda
Star
Date d'inscription: 15-01-2007
Messages: 1032
Real BoitarDEATHCLAWS

Re: ANNONCE

Donc on a mal joué big_smile

Disons qu'on a eu un sorcier qui s'était pas encore mis à la page au niveau des nouvelles procédures !

Désolé...

Ca n'aurait de toute façon rien changé au résultat ni aux conséquences (le CT s'ayant pris l'éclair n'a rien eu).


Pourquoi les Nains ont la bière et les Elfes la magie ?
Parce que les Nains ont choisi en premier...

Hors ligne

 

#138 13-01-2019 23:19:08

SSB
Arbitre
Lieu: Neuilly/Seine (Porte Maillot)
Date d'inscription: 30-01-2009
Messages: 3865
Les Apôtres du DestinLes Oeils CreuvésVC

Re: ANNONCE

Duda a écrit:

Oh, mais je peux vous assurer que Robert est un mage de ce qu’il y a de plus mage ! – énonça le gnome avec conviction. – Grand Scholiaste de l’Encyclopedia Universalis Ars Magica Naturalis, inventeur de la technique de tannage à sec des cuirs de loutre et membre distingué du septième cercle druidique…

Ça va être un sacré Merlin celui-la... mrgreen

Dernière modification par SSB (13-01-2019 23:19:22)


Si Dieu existe, j'espère qu'il a une bonne excuse…

Membre NAF 13663

Hors ligne

 

#139 22-01-2019 10:59:30

lepropre
Arbitre
Lieu: Issy les moulineaux
Date d'inscription: 07-07-2011
Messages: 3995
Cirque de rhumNemosus Corsaires

Re: ANNONCE

Je devrais être jaloux que Duda seul véritable adversaire de cette ligue me dépasse largement au classement avec sa nouvelle victoire.
Mais en fait je dis juste : DUDA IS THE KING !

Vivement le compte rendu


Je n'ai jamais vraiment perdu un match dans ma carrière, j'ai juste manqué de temps certaines fois.

En ligne

 

#140 22-01-2019 11:02:17

Duda
Star
Date d'inscription: 15-01-2007
Messages: 1032
Real BoitarDEATHCLAWS

Re: ANNONCE

lx

Ca arrive, ça arrive. Patience est mère de beauté ! wink


Pourquoi les Nains ont la bière et les Elfes la magie ?
Parce que les Nains ont choisi en premier...

Hors ligne

 

#141 22-01-2019 11:28:09

melphios
Commissaires
Lieu: Torcy 77
Date d'inscription: 07-07-2006
Messages: 1647
Screaming BullsFighting SpiritFisting UnitedNaggas Nights

Hors ligne

 

#142 22-01-2019 12:05:13

bosk
Légende
Date d'inscription: 28-07-2006
Messages: 1686
Inguiz titi

Re: ANNONCE

SSB le nouveau Nicap big_smile


(J'en profite car dans 2 journées je risque de moins rigoler big_smile ).


Champion du Monde de Diplomatie.
Mais ici on ne joue pas à Diplomatie.
Donc je suis champion du monde NAF de la baffe eddie

Hors ligne

 

#143 22-01-2019 12:14:11

lepropre
Arbitre
Lieu: Issy les moulineaux
Date d'inscription: 07-07-2011
Messages: 3995
Cirque de rhumNemosus Corsaires

Re: ANNONCE

T'as pas vraiment la même équipe qu'SSB pour affronter Duda.
Blocage, Tacle, Chataigne en série.
Techniquement SSB pouvait avoir un vrai match compliqué (pas beaucoup de compétences, pas de banc) alors que toi sauf énorme déveine tu devrais le ratiboiser et pexer comme un porc.

Dernière modification par lepropre (22-01-2019 12:14:40)


Je n'ai jamais vraiment perdu un match dans ma carrière, j'ai juste manqué de temps certaines fois.

En ligne

 

#144 22-01-2019 12:17:53

bosk
Légende
Date d'inscription: 28-07-2006
Messages: 1686
Inguiz titi

Re: ANNONCE

lepropre a écrit:

T'as pas vraiment la même équipe qu'SSB pour affronter Duda.
Blocage, Tacle, Chataigne en série.
Techniquement SSB pouvait avoir un vrai match compliqué (pas beaucoup de compétences, pas de banc) alors que toi sauf énorme déveine tu devrais le ratiboiser et pexer comme un porc.

Tu oublies que:

1- C'est moi qui coach, c'est quand même un désavantage certain big_smile

2- J'ai rien à mettre en face de Morg.

Maintenant, comme pour SSB, je me donne 99% de pex et 1% de chance d'être humilié big_smile


Champion du Monde de Diplomatie.
Mais ici on ne joue pas à Diplomatie.
Donc je suis champion du monde NAF de la baffe eddie

Hors ligne

 

#145 22-01-2019 12:21:35

lepropre
Arbitre
Lieu: Issy les moulineaux
Date d'inscription: 07-07-2011
Messages: 3995
Cirque de rhumNemosus Corsaires

Re: ANNONCE

2 Tueurs de troll ?
4+ pour avoir du 2D (je pars du principe que tu auras un soutien) avec au pire du 2Dés contre mais Blocage.
Par contre a ta place et face à Duda j'aurais plus un doute sur la compétence Écrasement.

Effectivement t'as 99% de chances de pexer AMHA SSB en avait moins.

Dernière modification par lepropre (22-01-2019 12:22:18)


Je n'ai jamais vraiment perdu un match dans ma carrière, j'ai juste manqué de temps certaines fois.

En ligne

 

#146 22-01-2019 12:31:57

bosk
Légende
Date d'inscription: 28-07-2006
Messages: 1686
Inguiz titi

Re: ANNONCE

Puis j'ai bulot en attendant, de quoi perdre un TdT avant le match.
Même si je préfère, avant le match, mon équipe à la sienne.

Bon on arrête de troller le fil de Duda.
Faudra que je reprenne le mien big_smile


Champion du Monde de Diplomatie.
Mais ici on ne joue pas à Diplomatie.
Donc je suis champion du monde NAF de la baffe eddie

Hors ligne

 

#147 23-01-2019 19:06:48

Duda
Star
Date d'inscription: 15-01-2007
Messages: 1032
Real BoitarDEATHCLAWS

Re: ANNONCE

Et voilà !

Naturellement, vous reconnaitrez les références (voire plus que des références). Disons que c'est un hommage ! big_smile

Chanson éternelle, au refrain fané,
C'est vrai c'est étrange, de voir comme on change, sans même y penser...
Tout comme les étoiles, s'éteignent en cachette,
L'Histoire Éternelle, touche de son aile,
La Belle et la Bête.



La Bête et la Bête

-    Putain, mais qu’est-ce que tu fous là ? On te cherche partout, je te signale ! – gronda Duda alors qu’il pénétrait, furibond, dans le jardin situé à l’arrière de l’auberge du Crampon Doré, quartier général de l’équipe du Real Boitar et haut lieu historique de Blood Bowl.
Il s’adressait à un petit halfling rondouillard, au crâne dégarni et au visage rougeaud, lequel était assis derrière un établi de travail, posé dans un coin du jardin, près de la cabane à outils. Il tenait dans une main un imposant marteau, et était visiblement en train de bricoler, car diverses planches en bois étaient disposées ça-et-là sur l’établi ou à même le sol. Une multitude de clous de taille variée, étaient répandus un peu partout.
L’halfling grassouillet tourna alors vers son entraineur un regard à la fois distant et calme, dans lequel l’humain décela un fort courant de sentiments complexes – la tristesse, l’impuissance, l’incompréhension – luttant avec acharnement et férocité dans l’esprit de ce petit être chétif et quelque peu simplet.
-    B’jour coach. – répondit-il d’une voix calme et distante, les yeux dans le vague, la mine sombre. Puis, il regarda les outils qu’il tenait dans la main, et se remit au travail, posément, en plantant un clou dans un épais étai en bois de cèdre posé devant lui.
-    Qu’est ce que tu m’fais là, Mirfu ? C’est quoi ? T’as le cafard ? – demanda le coach, visiblement irrité.
-    Mais non, c’est pas ça… - répondit nonchalamment le dénommé Mirfu.
-    Quoi c’est pas ça ? On en a déjà discuté tous ensemble, non ? C’est dégueulasse ce qui est arrivé à Aldo, on est d’accord. On l’a tous pleurés. Mais maintenant faut s’remettre d’aplomb. J’croyais qu’on était d’accord. On a des matchs à jouer, et à préparer. C’est la moindre des choses, pour lui, pour Marcelin aussi, qu’on le finisse ce putain d’championnat. – rétorqua l’entraineur sur un ton solennel.
-    Oui, non mais… - voulut réagir l’halfling, mais il fut immédiatement interrompu par Duda.
-    Y’a pas de mais qui tienne. Ça fait dix minutes qu’on te cherche partout espèce de pignouf. Et puis, tu fous quoi là, à planter des clous, hein ? C’est quoi ce micmac d’abord ? C’est quoi tous ces trucs ? – l’interrogea l’entraineur, de manière circonspecte, en désignant les divers bouts de bois et outillages disposés autour du semi-homme.
-    Bah, j’plante des clous. – répondit ce dernier sur un ton neutre.
-    J’vois ça oué. Mais c’est quoi tout ça ? Depuis quand tu bricoles ? Et puis, tu fais quoi ? Une chaise ? Un banc ? J’visualise pas bien… - indiqua le coach avec perplexité.
-    Mais j’bricole pas. J’sais pas bricoler. – indiqua Mirfu pensivement.
-    De quoi ? Tu fais quoi alors ?! – s’étonna Duda.
-    J’fais rien. J’plante juste des clous dans des bouts d’bois. – répliqua posément le halfling.
-    Mais bon dieu, à quoi ça sert tu peux me dire ? – protesta le coach. – Toute l’équipe attend pour aller à l’entrainement du matin, et Monsieur reste assis là, à planter des clous pour rien. Non mais ça va pas bien là-dedans ou quoi ? – demanda l’entraineur, passablement agacé, en se tapant la tempe avec l’index.
-    C’est que… ça m’aide à réfléchir... – répliqua Mirfu de manière grave.
-    Ouh, celle-là, j’m’y attendais pas. – souffla Duda.
-    De quoi, vous vous y attendiez pas ?
-    Non, rien. Continues, ça t’aide à réfléchir dis-tu ? – fit le coach en plissant les yeux.
-    Ba oué. Planter des clous, ça aide. Déjà, ça défoule. – précisa Mirfu calmement.
-    J’connais d’autres manières de se défouler. Bien plus productives. Sur un terrain d’entrainement par exemple. – observa ironiquement l’humain.
-    Non mais, coach, arrêtez. Parfois j’ai besoin de ça. – protesta le hafling.
-    Tu te fous pas un peu de ma gueule, le nabot ? – demanda Duda assez sèchement. – T’as besoin de planter des clous pour rien ? C’est ça que t’es en train de me dire ?
-    Ba oué, comme j’disais, ça m’aide à penser à tout un tas de choses. – continua le semi-homme imperturbable. – Voyez-vous, j’me dis que ce clou. – dit-il en pointant du doigt le bout de ferraille qu’il venait de planter dans un bloc de bois. – Ce clou ça me représente. Ça peut représenter chaque individu en ce bas monde. Et le marteau, bah, c’est la vie, ce sont les désagréments du quotidien, les grands et petits drames de tous les jours. Ils vous tombent sur la tête sans prévenir et vous enfoncent plus profondément dans la terre à chaque coup porté. Et vous, moi, comme ce clou, on ne peut pas bouger, on ne peut rien faire. Nous restons des spectateurs passifs de notre existence, laquelle file au-dessus de nous sans que nous puissions s’en saisir, et qui nous détruit en nous écrasant et en nous laissant défaits… cloués sur place. Vous en pensez quoi, vous ? Hein ? C’est des conneries tout ça. Si ça s’trouve, ça n’veut rien dire ce que j’raconte en fait.
-    Mais non, pas du tout. – répondit Duda estomaqué, le souffle coupé, les yeux grands ouverts. Il était fortement étonné de la tirade de son joueur, qui ne pensait pas capable d’un tel raisonnement philosophique. – En fait, c’est très intéressant ce que tu racontes. C’est exactement ça. C’est une bonne allégorie de la vie.
-    La bonne quoi ? – demanda Mirfu gêné.
-    Laisse tomber. – répliqua le coach. – C’est pas des conneries ce que tu racontes. Je comprends.
-    Non, vous ne comprenez pas. – insista le semi-homme. – Je suis fatigué patron, fatigué de devoir courir les routes avec vous tous mais de me sentir seul comme un moineau sous la pluie.
J’suis fatigué d'avoir jamais un vrai ami pour parler, pour me dire où on va, d'où on vient et pourquoi. Mais surtout je suis fatigué de nous voir nous battre contre les autres.
Je suis fatigué de toute la peine et la souffrance que je sens dans notre sport. Il y en a trop.
C'est comme si j'avais de bouts de verre dans ma tête.
Le coach fixa longuement le halfling sans parler. Il posa sur lui un regard bienveillant, amical et lui sourit, tout simplement, en franche amitié. Il comprenait parfaitement le petit bonhomme, bien plus que ce dernier ne pouvait le penser, mais il ne pouvait le lui avouer, de par sa position d’entraineur, de par l’obligation d’imposer le respect à ses joueurs et de par son autorité hiérarchique qui ne pouvait être remise en aucune manière, il ne pouvait se permettre d’être trop conciliant et trop amical avec ses gars. Et ça lui en coûtait. Néanmoins, c’est avec un regard paternel et sur un ton protecteur qu’il s’adressa à nouveau à Mirfu :
-    Très bien mon p’tit. Je vois. Tu nous quittes, c’est bien cela ?
L’halfling tourna lentement la tête vers l’entraineur et tenta de sourire, malgré son regard triste.
-    Vous m’connaissez bien, coach. Ça va être mon dernier match, j’pense. Y’a mes vieux qui m’manquent. Avec ce que j’ai gagné comme pognon jusque-là, j’ai pu acheter une petite fermette par chez nous, dans le Mootland. J’y les ai rapatriés là-bas. J’ai envie de vivre tranquillement. Le Blood Bowl c’est génial, mais ce n’est pas vraiment fait pour un halfling. Et surtout pas pour moi, coach. J’ai peur de mourir…
-    Tu sais, Mirfu. – répliqua le coach, songeur. - Nous sommes tous promis à la mort, tous sans exceptions. Mais pour certains parfois le chemin semble bien long.
-     Oué, c’est pas faux. – répondit le semi-homme distraitement.
-    D’accord mon p’tit. D’accord. Tu pourras partir. On ne va pas te retenir contre ta volonté. T’inquiètes pas, va ! On va trouver quelqu’un pour te remplacer. Mais maintenant viens, faut qu’on y aille ! – indiqua Duda avec entrain, en essayant de faire sourire son joueur.
-    Allé, oui ! – soupira Mirfu en se levant de derrière son établi et en s’étirant. – Vous avez raison, essayons de finir ma carrière en beauté !
-    On t’organisera une fête d’adieux. Ça va être sympa. – observa l’entraineur sur un ton amical.  Tu veux manger quelque chose de particulier ce soir ? On peut t’apporter ce que tu veux.
-    Oh oui. – sursauta Mirfu, ravi de la proposition. – Un bon ragoût peut-être avec de la sauce et de la purée, des gambas, et peut-être un bon pain de maïs comme l’faisait ma mère, si ça n’vous dérange pas…

***

Alors qu’ils sortaient tous les deux du Crampon Doré, ils furent alarmés par des cris provenant de la petite place attenante à l’auberge, où une petite foule compacte de curieux s’était massée autour de plusieurs individus à l’air menaçant. Le coach put apercevoir, parmi les badauds, nombre de ses joueurs halflings lesquels, pesta-t-il, devaient pourtant l’attendre dans la Phantom, plutôt de de lambiner devant quelques guerriers en armures à fourrure et casques à corne.
-    Qu’est ce que c’est encore que ces conneries ?! – désemparé, le coach jura entre les dents en faisant signe à Mirfu de le suivre. – On n’a pas que ça à faire.
Alors qu’ils s’approchaient de l’attroupement, Duda fut hélé par un individu qu’il avait du mal à apercevoir derrière le public, mais dont il lui sembla connaitre la voix :
-    Duda, tu es là mon grand ! Viens m’voir ma poule, ne t’inquiètes pas, on t’fera pas mal. Pas pour l’instant ! – cria l’inconnu ce qui fit rire grassement les guerriers en armures.
A son arrivée, la foule s’écarta, de manière à permettre à l’entraineur de s’avancer vers le centre. Il se planta devant, consterné, en reluquant ses joueurs d’un ½il torve. Ces derniers n’osaient réagir et jetaient des regards anxieux en direction de la petite bande de malfrats patibulaires plantée devant eux. Le coach porta son regard vers ces derniers et put ainsi aviser plusieurs guerriers à la carrure impressionnante, vêtus d’armures sombres dardées de piques, de chaînes, de crânes et autres symboles maléfiques, qui attendaient immobiles et impassibles, les bras croisés sur leurs poitrines. A leurs côtés se tenaient plusieurs hommes-bêtes vigoureux, aux muscles saillants, aux babines retroussées dans d’hargneux rictus emplis de bave, dotés chacun d’une impressionnante paire de cornes. Au milieu d’eux se dressait fièrement un gigantesque minotaure, une bête immense, cruelle et dangereuse, scrutant la foule d’un regard frénétique et piaffant d’impatience. Le large poitrail du monstre se soulevait au rythme de sa respiration, faisant jouer la musculature de son torse. Ses bras démesurés, aux biceps aussi volumineux que la bedaine d’un halfling, se terminaient par deux mains colossales, dotées de serres acérées en lieu et place des doigts, et serrées autour d’un bout de bois distordu.
Soudain, surgit de derrière le bestiau un humain bravache à la peau glabre, à la chevelure chatoyante, au regard franc et au sourire carnassier.
-    Duda, mon p’tit Duda, te voilà ! – constata-t-il avec malice, une note de sarcasme dans la voix. – J’ai cru un moment que t’allais te dégonfler !
-    Steph’. SSB. Que me vaut le plaisir de ta venue ? – grinça des dents l’entraineur halfling, passablement agacé de la visite impromptue que lui rendait son collègue de métier et prochain adversaire du championnat.
-    Ah, mais c’est qu’on doit se jouer au prochain match, il parait ! – clama l’individu avec amusement, en faignant l’innocence.
-    Il parait. Et alors ? – siffla le coach, crispé.
-    Oh rien. – continua sur le même ton badin son adversaire. – Je suis juste venu avec mes gars pour te demander de tes nouvelles, de toi et de tes petits protégés.
-    On va bien, merci. – répondit Duda laconiquement, essayant de couper court à l’échange.
-    Ah oui ? Et bien ça ne va pas durer ! – rétorqua SSB, un rictus mauvais dessiné sur les lèvres. Sa réplique fit rire grassement ses joueurs et souleva même quelques fous-rires nerveux parmi la troupe de badauds massés derrière les joueurs du Real Boitar.
-    Cesse ton petit jeu, Steph’. – clama Duda nerveusement. – Qu’est ce que tu nous veux, à la fin ? Ça rime à quoi cette mascarade ? Pourquoi t’es venu parader avec ton équipe de chaotiques d’mes deux ?
-    Ha ! J’aime quand t’es comme ça ! Franc, direct, précis. Pas d’chichis avec toi, hein ? Pas de fanfaronnades ? – s’emporta tout à coup son adversaire.
-    C’est ça. – confirma sèchement le coach halfling.
-    Et bien d’accord ! Puisque tu le prends comme ça mon p’tit. – railla SSB sur un ton malveillant. – J’suis venu te dire qu’on va vous défoncer ! On va vous faire mal, très mal ! T’entends mon gars ? On va vous faire souffrir le martyr, tes minables mi-portions et toi. On s’occupera bien de vous, va rien rester de vous après le match. – les yeux exorbités et la voix possédée, l’entraineur chaotique explosa dans un torrent de frénésie verbale d’une méchanceté manifeste, qui fit de nouveau rire ses joueurs de manière lugubre et menaçante.
Les joueurs du Real Boitar n’en menaient pas large à vrai dire, et se jetaient les uns les autres des regards apeurés et quelque peu paniqués, ne sachant s’il fallait répondre, s’il fallait ignorer les frasques ou carrément s’en aller. Ils attendaient une réaction de leur entraineur, mais la craignaient dans le même temps. Ils connaissaient le tempérament bouillant de Duda et savaient parfaitement que la situation risquait de dégénérer rapidement. Or, ils ne souhaitaient pas attirer l’ire de l’individu qui fanfaronnait devant eux, surtout par peur de représailles en cas de faux pas de leur part. Les guerriers massés derrière l’entraineur chaotique étaient deux fois plus massifs et corpulents qu’eux et ce, sans parler de l’impressionnant minotaure qui les reluquait en piaffant, la bave aux lèvres. Si les deux équipes en venaient aux mains, les halflings ne donnaient pas cher de leur peau. A vrai dire, ils étaient même certains d’être réduits en charpie par les athlétiques guerriers et hommes-bêtes qui leur faisaient face.
Le public cependant ne se rendait compte de rien et riait gaiement des piques et autres avanies que lançait un SSB possédé à son collègue et adversaire. Ce dernier continuait comme si de rien était, sur un ton sarcastique et faussement enjoué :
-    Tiens ! Mate-moi ça Duda ! – héla-t-il ce dernier en saisissant le bras du minotaure situé à ses côtés. – Regarde moi ce bestiau. T’as vu ses bras ? Ouuuh. Regarde la ligne de ses muscles. Ces gros biceps. C’est pas du beau biceps ça ? Hmmmm. Et ces pectoraux d’enfer ! Oulala ! – insista-t-il en promenant lascivement sa main sur le torse velu du monstre. – Tu vois comme ses veines palpitent d’impatience de rencontrer ta minable équipe ? Et avise-moi ces jolies griffes ! Aaah ! – jappa-t-il en attrapant tendrement la main du minotaure, lequel demeurait immobile, impassible, et fixait son regard agressif sur les halflings et leur coach. – Tu sais ce qu’elles vous feront ces griffes ? Tu sais ce qu’elles vont faire à tes hommes-arbres ? 
-    Non, SSB, je ne sais pas. – répondit stoïquement Duda, une once de nervosité dans la voix. – Mais tu va nous le dire, je présume.
-    Oh tu présumes bien ! – exulta son collègue de métier. – Elles vont les ratatiner tes vieux bouts d’bois, elles vont en faire des petits copeaux façon puzzle ! Quand mon beau bestiau va s’occuper d’eux, on va les retrouver en morceaux dans toute la Lutèce !
-    Rien que ça… - commenta le coach halfling en faisant la moue.
-    Assez parlé ! A très bientôt sur le terrain Duda. Nous sommes juste venus vous mettre en garde. Prenez-le comme une marque d’amitié et un signe de bonté de ma part. – sourit malicieusement l’entraineur chaotique.
-    Trop aimable. – murmura doucement Tholot, excédé.
-    Préparez vos cercueils les minus ! – continua sur le même ton SSB. – Va y avoir du cuisseau de mi-portion au diner ! Allé, tchao les loosers ! – conclut-il dans un geste théâtral en faisant signe à ses joueurs de le suivre.
Ces derniers lui emboitèrent le pas en beuglant, puis bousculèrent violemment les joueurs du Real Boitar, pour se frayer un passage, à coups de coude et de mandales, dans la masse compacte des curieux médusés par le spectacle. Soudain, le coach adverse s’arrêta et se retourna pour faire de nouveau face aux halflings et à leur coach.
-    Au fait, j’ai oublié quelque chose ! – hurla-t-il en direction de Duda. Il saisit le bout de bois déformé que son minotaure tenait dans les mains, puis le jeta aux pieds de l’entraineur du Real Boitar. – Mon bestiau t’a ramené un cadeau ! Tu reconnais ? Non ? Attends, je vais t’aider. Tu te rappelles de Willow, l’homme-arbre que Crouch venait d’engager pour son équipe d’elfes acrobates ?! Voilà ce qu’il reste de lui après que K'aitsa'chinu'i lui soit passé dessus ! – conclut-il dans un fou rire maléfique, immédiatement imité par l’ensemble de ses joueurs.
Duda attendit, dans une immobilité complète, que leurs adversaires quittent définitivement les lieux, fixant avec attention, la mine morose et l’½il noir, le morceau de branche que SSB venait de jeter à ses pieds. La voix de Tholot le sortit de sa torpeur :
-    C’est vrai coach ? C’est vrai ce qu’il raconte ? – interrogea-t-il avec hésitation son entraineur, alors que les autres joueurs demeuraient suspendus avec appréhension aux lèvres de ce dernier.
-    Son minotaure, il a vraiment tué un homme-arbre ? – se risqua de demander Eggon.
-    Oui, c’est vrai. – répondit distraitement le coach.
-    J’ai lu quelque part qu’il l’avait cassé en deux comme une simple brindille. – Sherlock essaya d’attirer l’attention sur lui. – C’était une boucherie, parait-il, ou plutôt une scierie. Apparemment, il l’aurait découpé en plusieurs morceaux, broyé ses branches et…
-    Ta gueule Sherlock. – l’interrompit sèchement l’entraineur. – On s’en fout de ce que t’as lu.
-    Purée, on est mal. – glapit Roch les lèvres tremblantes. – Vous avez vu ces brutes ?
-    On va faire quoi maintenant alors ? – questionna de nouveau Tholot d’une voix transpirant l’inquiétude.
-    Maintenant ? – répondit Duda en se tournant vers le vétéran halfling. – Maintenant il nous faut un plan.
-    Et vous en avez un ? – intervint Eggon avec espoir.
-    J’ai pris mes précautions oui. – indiqua l’entraineur, impassible. – J’ai repris quelques contacts et… j’pense avoir la solution. J’dois justement filer au port demain…
-    Coach ! – brailla tout à coup Sherlock. – J’ai un plan, moi ! V’nez m’retrouver ce soir, faut que j’vous présente un gars que j’ai rencontré dernièrement…
-    Sherlock, je t’ai déjà dit de la boucler. – Duda conspua son joueur.
-    Non mais vraiment, coach ! Pour une fois faites moi confiance. S’vous plait ! – répondit le jeune halfling en feignant d’être vexé. – C’est un plan super, j’vous jure !
-    Putain, si tu m’emmènes encore dans une de tes combines toutes pourries, j’sais pas ce que j’vais te faire ! – répliqua l’entraineur, irrité.


***

Le soir était tombé depuis plusieurs heures lorsque Duda arriva devant l’établissement, un troquet douteux, situé dans un des quartiers les plus malfamés de la ville. Chaque ruelle, chaque recoin sombre, chaque venelle fétide était occupée par des bandes de loqueteux scorbutiques, des filles de joie grasses et édentées et des groupes d’individus louches et patibulaires qui, les mines maussades, surveillaient les environs. C’était un quartier dans lequel le guet ne faisait que rarement – voire jamais – son apparition. Et lorsque cela arrivait, ce n’était que la lie de la garde qui pointait le bout de son nez, la plupart du temps soit pour distribuer des beignes et marrons à coups de matraques à quelques marginaux trop véhéments, soit pour relever les pots-de-vin et autres bakchiches réclamés aux rares commerçants des alentours. De partout, des tas d’immondices jonchaient les rues insalubres, et des rats aussi gros que des matous gambadaient à l’air libre parmi les ordures et la fange, sans que cela n’inquiète d’une quelconque mesure les riverains, impassibles à la vue des rongeurs pullulant à la surface.

Sur l’écriteau, situé au-dessus de la porte d’entrée décrépite du bâtiment, était visible une inscription grossièrement peinte dans écriture hésitante d’un vert maladif où l’on devinait le nom – « Waagh Tavern’ ». L’endroit était bien connu des initiés de la Lutèce Cup comme étant le repaire de tout ce que la ligue engendrait de plus vil, de plus mesquin et de plus odieux de fans, suiveurs et joueurs du célèbre championnat. La réputation du rade n’était plus à faire, et tout un chacun savait qu’on n’y entrait qu’à ses risques et périls et qu’il était aussi fréquent d’en sortir sur ses deux pieds que les deux pieds devant. L’établissement semblait bondé, de la lumière vive filtrait par les carreaux sales et poussiéreux situés de chaque côté de la porte, et de violents cris, des chants gutturaux, ainsi qu’une espèce de musique agressive et barbare provenaient de l’intérieur. Une affiche gribouillée à la va-vite, visiblement sans aucun sens du marketing et de l’accroche du client, était collée sur la porte d’entrée. Bourrée de fautes d’orthographe, de ratures et de lettres hachurées, elle semblait indiquer qu’un concert avait lieu ce soir dans l’établissement en la présence : « du fameu group’ de muzik lé Poétik Loverz ! ». L’affiche indiquait par ailleurs, dans une désespérante tentative pour attirer du public : « Véné nombreu’ ! Et si vou’ véné pa, on vou’ r’trouv’ et on vou’ cass’ lédent ! »
-    Manquait plus que ça. – se dit Duda en pénétrant dans la taverne, alors qu’une bouffée d’air chaud, mêlée d’effluves d’alcool frelaté, de sueur âcre et de nicotine, le frappait au visage avec véhémence.
Il grimaça de dégoût et se fit violence pour pénétrer plus en avant dans la salle commune. Fort heureusement, personne dans la foule compacte d’individus plus louches les uns que les autres, ne sembla remarquer le coach, occupés qu’ils étaient à boire et à beugler en reluquant la scène située en fond de l’établissement, sur laquelle plusieurs orques massifs s’égosillaient de manière arythmique et sans mélodie quelconque, au son d’une musique saccadée et agressive qui fit grincer l’entraineur des dents. Il scruta les visages des noceurs présents dans la taverne, humains, nains, peaux-vertes, nordiques ou ogres venus festoyer ce soir, en cherchant scrupuleusement l’enfoiré de merdeux qui le fit déplacer dans ce trou de débauche pour paumés, la cause de tous ses maux, la racine de ses aigreurs d’estomac, la verrue sur ses fesses, le trublion du désordre, l’agitateur agité, le dénommé Sherlock Vertecuillère.

Il le remarqua presque aussitôt, assis derrière une table aux côtés d’un individu fort singulier, au visage amène, portant une ample chemise blanche à jabot et coiffé d’un tricorne noir de sous lequel dépassaient de longues bouclettes grises. Devant eux était disposé tout un tas de victuailles diverses, de godets et de cruchons, dans lesquels les deux compères piochaient allégrement en discutaillant de manière manifestement joviale. Il se rapprocha d’eux en se faufilant énergiquement à travers la foule compacte des convives.

-    Coach ! On est-là ! – hurla Sherlock à l’attention de son entraineur, en agitant vigoureusement son bras chétif.
-    J’vois que vous êtes là, j’suis pas bigleux. – répondit Duda en s’attablant en face des deux individus. Il pointa le menton en direction de l’humain assis aux côtés de l’halfling. – Et c’est qui celui-là ?
-    Celui-là, c’est peut-être la solution à notre problème. – indiqua Sherlock, enjoué.
-    Et de quel problème s’agit-il, si j’peux le savoir ? – répliqua le coach de manière sceptique en saisissant une coupe dans laquelle il se versa un peu de vin.
-    Messire. – l’étrange individu prit la parole et déclara sur un ton solennel. – Sachez déjà que j’suis pas homme à me méprendre sur le gaillard d’en face. Mon p’tit doigt me dit que vous n’êtes pas la moitié d’un… - le coach le regarda, interloqué, ne comprenant visiblement pas où l’inconnu voulait en venir.
-    Après, on ne pige pas toujours ce qu’il dit. – fit remarquer Sherlock. – Mais attention ! Il est légendaire !
-    Légendaire. – reprit Duda sur un ton défiant. – Voyez-vous ça ?
-    Je suis Urgan ! – affirma l’homme en levant un sourcil. – Dit l’homme-goujon. Chevalier des mers. A votre service ! – conclut-il en regardant l’halfling puis le coach et en faisant une brève révérence à l’aide de son tricorne.
-    Chevalier des mers ? – s’étonna Duda. – Vous bossez dans la marine ?
-    Oula, oh non. – le coupa celui-ci en souriant.
-    Vous êtes à mon service de quoi ? – souffla le coach, qui commençait à perdre patience. – J’comprends pas là…
-    J’suis pirate. – lui indiqua Urgan sur un ton pompeux.
-    Pirate ? Mais alors vous êtes au service de votre cul uniquement. – observa l’entraineur avec un certain mépris dans la voix. – Qu’est-ce que vous m’chantez avec votre chevalier des mers ?
-    Non mais attendez, coach. – intervint Sherlock. – Quand il dit qu’il est à notre service, c’est maintenant. Ça veut dire qu’il est prêt à nous rendre service !
-    Oui, non attention. – fit observer posément l’individu. – Au même titre que le bar est fermé, et sauf si c’est un poisson, tout travail mérite salaire.
-    Euh, oui. – s’irrita l’entraineur. – Vous… commencez sérieusement à me bourrer, tous les deux. Qu’est ce que vous m’voulez à la fin !
-    Attention, Messire. Prêtez l’oreille. – répondit le pirate.
-    Des fois on hésite. – sourit Sherlock. – On s’dit qu’on va faire une connerie. C’est normal.
-    Tête bienpensante est par deux fois force de décision. – clama sans raison son compère du soir.
-    Des fois il suffit de rencontrer la bonne personne. – continua Sherlock sur le ton de la confidence. – Urgan, tel que vous le voyez, au-delà se ses activités de… piraterie…
-    Attention, je ne renie pas mon métier pour autant… - l’interrompit ce dernier.
-    Ah non, mais c’est pas ça que je dis… - répliqua l’halfling calmement.
-    Parce que, attention ! – s’emporta son interlocuteur. – Je ne renie pas mon métier…
-    Non non, je sais. – répondit Sherlock. – Je l’ai constaté par moi-même.
-    Que la chose soit dite et bien dite. – affirma Urgan.
-    Et puis, c’est fait consciencieusement. – riposta de nouveau le semi-homme en se tournant vers son entraineur.
-    Homme sans métier n’est plus apte à exercer une activité professionnelle… - clama le pirate sur un ton grave.
Duda tapa violemment du poing sur la table faisant tressaillir ses interlocuteurs, qui ouvrirent grand les yeux de surprise.
-    Vous allez me dire immédiatement ce que vous me voulez ou j’vous dérouille ! – l’entraineur grinça nerveusement des dents en aboyant sur les deux larrons assis en face de lui.
-    Urgan. Il fait aussi… assassin… - chuchota Sherlock en lançant des regards inquiets tout autour de lui.
-    Ça m’arrive… - affirma l’individu, imperturbable.
-    Attention ! L’assassin haut de gamme. Vous voyez. – fit observer Sherlock en haussant les sourcils.
-    Haut de gamme ? – s’étonna le coach, une note de sarcasme dans la voix. – C’est-à-dire ? Il butte que les grosses pointures ?
-    Voilà. C’est ça. – affirma son joueur. – Il ne butte que d’la crème. Bon, c’est un peut chaud de dire les noms ? – Sherlock sourit à Urgan en le poussant légèrement du coude. – Secret professionnel ?
-    Bah, disons que j’ai pas mal travaillé dans l’Empire y’a une dizaine d’années… - déclara avec suffisance l’individu en relevant la tête.
-    Ah d’accord, je vois… - répondit le coach.
-    Renommée, renommée, qui es-tu renommée ! – clama théâtralement le pirate en tendant son bras devant lui.
-    Qu’est ce que vous voulez que ça me foute ? – répliqua le coach de manière abrupte.
-    En fait. – marmonna Sherlock, sur un ton conspirateur. – Officiellement, il ne fait plus… assassinat.
-    Mais éventuellement, bonne proposition fait force de respect. – affirma le pirate en regardant le coach droit dans les yeux.
-    Tout travail mérite salaire. – précisa Sherlock en saluant de la tête ce dernier.
-    Ah ça oui.
-    C’est important. – conclut Sherlock alors que son entraineur, exaspéré par le comportement des deux gaillards, tournait la tête de gauche à droite, un rictus mauvais dessiné sur ses lèvres.
Non échaudé par la mauvaise humeur de Duda, pourtant visible comme une verrue en plein visage, Urgan lui fit signe de se rapprocher d’avantage et susurra :
-    Je pourrais peut-être exercer mon apostolat de tantôt…
-    Pour moi ? – l’entraineur recula sur sa chaise, manifestement quelque peu surpris.
-    Pour vous… - argua, sur un ton sibyllin, l’étrange individu.
-    Ah de toute façon, vu le tarot, y’a qu’du riche, dans not’ genre, qui peut se payer ses services. – assura Sherlock avec verve.
-    C’est bien gentil, mais… qui est-ce que vous comptez buter ? – répliqua le coach, interloqué, en portant un godet à ses lèvres.
-    Et ben ? – s’étonna Urgan. – K'aitsa'chinu'i ! Le minotaure des Apôtres du Destin ! 
-    Le mino ? – Duda explosa, recrachant le liquide qu’il venait d’avaler.
-    Quoi ? – répliqua le pirate, étonné. – C’est pas ça que vous voulez ?
-    Mais bande de tarés ! – s’emporta alors l’entraineur. – Qui est ce qui vous a mis des idées à la con pareilles dans vos cervelles de rats putréfiés ?! Vous êtes débiles ou quoi ? Et toi Sherlock ? – le coach s’adressa à ce dernier avec véhémence. – C’est quoi ce nouveau plan tout foireux que tu m’sors là ? Tu veux qu’on se fasse exclure de la Ligue, espèce de taré ?!
-    Non mais on est vraiment désolés. – répondit le halfling quelque peu déconfit, la mine maussade.
-    Comme le bruit court… – continua Urgan, feignant n’avoir pas remarqué la colère de l’entraineur. – Vous savez, bruit qui court n’est point…
-    Nan mais c’est bon, c’est bon, j’connais. – l’interrompit Duda, qui avait visiblement assez des phrases alambiquées, sans queue ni tête, de son interlocuteur. – Ça suffit. Le bruit court que j’veux faire buter le joueur vedette de SSB ? – s’étonna-t-il vivement.
-    Ah ça partout ! – affirma avec ardeur le pirate. – Et je suis homme à voir du monde. Et du pays.
-    Moi j’voulais vous rendre service. – bougonna Sherlock.
-    Rendre service, tu parles ! Comme si je n’étais pas assez grand pour m’en occuper par moi-même. – maugréa le coach en tournant la tête de dépit. – Putain, heureusement que j’ai prévu autre chose…
-    Non mais des fois, quand on est impliqués, on hésite. – Urgan tenta d’expliquer le malentendu. – Et c’est un prompt renfort.
L’entraineur regarda ses deux interlocuteurs avec consternation. Il affichait un agacement manifeste à l’encontre des deux hurluberlus, et surtout à l’encontre de son joueur qui, une nouvelle fois, essayait de l’entrainer dans un larcin plus que douteux, en compagnie d’un individu des plus baroques, auquel Duda ne pouvait accorder la moindre confiance – sauf à être totalement, indubitablement et irréversiblement dérangé, insensé, et complètement abrouti. La colère passée, il expira bruyamment et demanda à brûle-pourpoint, feignant un détachement certain :
-    Mais… à titre purement informatif… Vous prendriez combien ?

***

L’après midi touchait à sa fin et le soleil déclinait doucement à l’horizon, faisant miroiter d’or les eaux limpides de l’océan, quand l’immense galion entra doucement dans la rade du port, accompagné de chaque côté par plusieurs goélettes et schooners d’escorte, aux voiles auriques rayées de sang et d’azur impérial. Sur l’imposant bâtiment de guerre, dont chacun des flancs était garni de deux rangées de batteries de canons en bronze, les marins s’affairaient à la manouvre. Ils déambulaient de partout, telles des fourmis, sur les trois ponts du navire et dans les gréments, dans une chorégraphie parfaitement orchestrée et scrupuleusement exécutée. Les voiles carrées affalées, le galion impérial glissait tranquillement sur les flots à l’aide de la seule voile d’artimon, et était guidé dans le port par plusieurs bateaux-pilotes, dont les rameurs s’activaient frénétiquement à lui faire maintenir le cap et à l’amarrer au quai sans désagréments.

Une foule immense et impatiente attendait avidement l’arrivée du bâtiment. De partout, des spectateurs, venus seuls ou en famille, regardaient émerveillés l’immense navire man½uvrer dans le port. Les enfants gambadaient de partout en riant bruyamment ou étaient suspendus aux bras de leurs parents, ne ratant rien de spectacle marin qui s’offrait à leurs yeux ébahis. Des vendeurs ambulants se faufilaient dans le flot des badauds, proposant qui des beignets fourrés, qui des tartes à la crème, qui des brochettes de viande, qui encore des caramels, au plus grand plaisir des bambins.
-    Ah, ça c’est du bateau ! – observa un gaillard puissamment bâti, quoique légèrement enrobé, à son voisin dans la foule, un humain au crâne légèrement dégarni, au visage sec et rude, et au regard sombre, portant une ample cape grise, et adossé à un muret en briques rouges. – Ça vous fait pas plaisir d’voir un galion impérial débarquer ? – le questionna le colosse avec étonnement.
-    Pourquoi ? – aboya sèchement celui-ci sans regarder son interlocuteur.
-    Bah, vous souriez pas. – constata placidement ce dernier. – C’est la fête, non ? Pensez. Ça fait deux jours qu’on nous annonce une arrivée importante au port, et v’la t’y pas qu’un navire d’guerre s’pointe chez nous ! Et pas moins qu’un galion impérial. Si c’est pas du spectacle ça !
-    Si vous l’dites. – rétorqua laconiquement l’humain émacié.
-    Et comment ! Un sacré bâtiment que voilà ! Deux rangées d’canons, rien de moins ! Et matez-moi c’te poulaine et l’château arrière ! C’est du mille tonneaux ça, ou j’m’y connais pas ! – éructa le gaillard.
-    Vous êtes sur ? – lui demanda malicieusement son interlocuteur vêtu de gris, comme s’il souhaitait juste faire parler l’individu, mais sans s’intéresser le moins du monde aux réponses que ce dernier pouvait donner.
-    Et comment ! – répondit l’autre en s’offusquant, sans remarquer le jeu de son voisin. – J’ai servi vingt ans dans la marine royale ! Jusqu’à c’qu’on m’vire pour scorbut et… autres conneries. C’est du mille tonnes où j’m’appelle pas Roger !
-    Moi, j’dirais plus. – indiqua l’homme à la cape, un rictus ironique sur les lèvres.
-    Plus si vous voulez ! P’tet mille deux ! Mais pas moins ! J’donne ma main à couper ! – protesta vivement le colosse.
Pendant ce temps-là, le galion finit par s’amarrer à l’emplacement prévu. Une passerelle fut rapidement tendue entre le tribord du navire et le quai et une rangée de piquiers débarqua à la hâte, en formant un épais cordon défensif autour de celle-ci. Spontanément, la foule recula anxieuse, mais les sourires revinrent sur les visages des spectateurs lorsqu’ils comprirent que les soldats n’étaient là que pour sécuriser le périmètre et empêcher toute montée sur le bâtiment.
-    Dites-donc, c’est du sérieux ! – l’imposant humain maintenait son flot insipide de commentaires. – Mon cousin, celui qui bosse à la capitainerie du port ne m’a pas menti alors ! 
-    En quoi ? – demanda, de manière détachée, l’autre homme.
-    Bah, il m’avait dit qu’une grande ponte devait débarquer. Quelqu’un apparemment d’important. De très important, qu’il m’a dit. – répondit avec étonnement le colosse. – J’pensais qu’c’étaient encore des conneries d’poivrot, ses histoires. D’celles qu’il nous raconte souvent à la taverne. Mais j’vois qu’il m’a pas menti l’mauvais bougre ! Un galion impérial rempli d’hallebardiers d’Altdorf ! Alors ça ! Quand j’raconterai aux copains, voudront pas m’croire ces pochards d’première !
-    Et qui croyez-vous qui arrive comme personnage ? – insista son interlocuteur, visiblement intéressé à faire parler l’ancien marin.
-     J’en sais rien moi. – indiqua ce dernier en clignant des yeux. – Il parait qu’c’est pour la Lutèce Cup. Que ces Messieurs d’la Ligue ont embauché une grande star. Une star immense ! C’est ce que dit la rumeur. Ca fait deux jours que la ville est en émoi. Vous l’savez pas ? – s’étonna-t-il. – Mais vous débarquez d’où vous ?
-    J’arrive de loin. J’voyageais. – observa laconiquement l’homme vêtu de gris. Puis, sans jeter le moindre regard à son interlocuteur, il s’avança en direction des hallebardiers impériaux, le sourire aux lèvres.
-    Hé ! Vous allez où comme ça ! – le héla le colosse. – Vous êtes qui d’abord, vous ! – C’est alors qu’il vit, sur l’arrière de la cape de l’inconnu, le blason tant adulé de la mythique Lutèce Cup, blason que seuls quelques rares élus avaient le droit de porter. – Bordel, oh putain grands dieux, bordel ! – jura-t-il alors que la masse des spectateurs se renfermait sur l’individu qui venait de quitter sa compagnie.
Alors que Duda traversait la foule et se portait au-devant des gardes, une clameur immense explosa tout autour de lui. Les gens criaient, hurlaient de joie, projetaient en l’air chapeaux, bouts de papier ou même enfants, et beuglaient de tout leur soul à en perdre la voix. La raison de ce vacarme assourdissant était l’apparition, sur le pont du navire, d’un personnage immense, impressionnant et surtout légendaire…
Morg’n Thorg débarquait en ville !
Il salua vigoureusement la foule et sourit, ce qui souleva une nouvelle clameur de la part des spectateurs subjugués. Puis, accompagné du capitaine du navire et d’un autre individu rachitique, il emprunta la passerelle pour descendre sur le quai. Les hallebardiers s’écartèrent pour laisser passer les trois personnages, lesquels s’arrêtèrent en face du coach halfling.
Ce dernier inclina rapidement la tête en saluant la star et ses deux compagnons :
-    Bienvenue à la Lutèce Messire Morg’n. Extrêmement ravi de vous rencontrer.
-    Alors c’est vous Duda ? – la voix puissante et grave de l’ogre fit tressaillir les spectateurs autour. – C’est à vous que j’dois le retour aux affaires ?
-    Si vous me l’permettez. – intervint le petit humain décharné qui se trouvait aux côtés de la vedette. – D’abord le contrat. Nous n’avons pas encore signé…
-    Plus tard, Maître l’agent. – l’interrompit sèchement Morg’n en levant la main. – Plus tard. J’veux d’abord savoir. Elle est où, la vachette dont j’dois m’occuper ?

Le CR du match. Demain wink


Pourquoi les Nains ont la bière et les Elfes la magie ?
Parce que les Nains ont choisi en premier...

Hors ligne

 

#148 24-01-2019 18:15:13

Duda
Star
Date d'inscription: 15-01-2007
Messages: 1032
Real BoitarDEATHCLAWS

Re: ANNONCE

Et donc comme promis le CR

C’était le grand jour à la Lutèce, une nouvelle soirée de gala, de clinquant et de paillettes, le soir où le célèbre Real Boitar se déplaçait sur la terrain du Grand Dédale, l’imposant et ténébreux stade de la cruelle et malveillante équipe des Apôtres du Destin. Située dans les souterrains de la ville et surmontée d’un majestueux dôme doré, l’immense enceinte dédiée à la gloire du Duc du Changement, attirait les curieux autant qu’elle effrayait par la singularité et l’excentricité de son décor. Tout autour des gradins étaient disposés d’immenses braséros, dans lesquels brûlait une flemme d’un bleu mystique, projetant d’étranges et maléfiques ombres sur les murs sombres de la bâtisse, desquels suintait un étrange liquide graisseux et nauséabond d’un violet intense. D’impressionnantes cages en fer étaient suspendues dans le vite, attachées au plafond par d’épaisses chaînes d’acier, dans lesquelles reposaient d’inquiétants tas d’os ou des corps en décomposition. De temps à autre, des entrailles du stade remontaient de mystérieux hurlements inhumains et glaçants et de partout d’étranges claquements, bourdonnements, gargouillis et clapotis se faisaient entendre. On avait connu plus chaleureux comme accueil ! Pour autant, le personnel du stade et le service de sécurité étaient irréprochables, et exerçaient leur office consciencieusement, avec professionnalisme et le sourire (bien que carnassier) aux lèvres.

Les spectateurs s’étaient une nouvelle fois déplacés en masse pour voir ce qui s’annonçait être la rencontre phare de cette neuvième journée de la mythique Lutèce Cup – une opposition de styles, un combat, a priori, d’une inégalité plus que frappante, entre les empâtés mais néanmoins agiles halflings du Real Boitar et les puissants et agressifs guerriers du chaos des Apôtres du Destin, menés par l’infâme et maléfique SSB ! L’affiche laissait présager un match d’anthologie, une véritable empoignade de légende, un combat qui promettait de rester pour des décennies dans les chroniques du championnat, surtout que l’entraineur halfling eut la bonne idée – pour le plus grand plaisir des supporters et à la surprise générale, surtout celle de son adversaire du soir – de faire appel aux services de la plus grande vedette bloodbowlesque de tous les temps, à savoir Morg’n Thorg en personne ! A l’annonce de la présence de l’ogre-vedette, les spectateurs ébahis furent au comble du bonheur et s’attendaient, impatients, à voir le sang, les dents et les tripes gicler de part et d’autre. Le moins que l’on ne puisse dire c’est qu’ils ne furent pas déçus !

Une clameur immense descendit des tribunes alors que les deux équipes faisaient leur apparition en sortant du tunnel d’accès. Les vivats de la foule étaient toutefois partagés. Si un grand nombre de spectateurs hurlaient, au point de défaillir presque, le nom de la star ogre, la majorité des fans semblaient accorder leur préférence à K'aitsa'chinu'i, le minotaure vedette des Apôtres du Destin, lequel se fit récemment un nom dans le landerneau des joueurs de la Ligue en mettant à mort un homme-arbre qui venait d’être embauché par l’équipe elfe des Anaheim's Dodgers.

Dès leur entrée sur le terrain sablonneux du stade, dans une ambiance chauffée à blanc, les joueurs des deux équipes furent accueillis par le grandiose maestro culinaire tant réputé, l’inégalé Roël Jobuchon, spécialement sollicité par l’entraineur du Real Boitar l’occasion de cette affiche du championnat. Afin de remercier chaleureusement les joueurs des Apôtres du Destin, d’accueillir dans leur antre la rencontre du soir, mais également afin de s’adapter aux papilles gustatives un tant soit peu particulières des joueurs du chaos, le chef cuisinier prépara une recette spécifique, en l’honneur de ces derniers, basée sur un ceviche de tentacules de poulpe aux algues, accompagné de la fameuse sauce à la tzeentch, dont le secret de la recette n’était connu que de quelques rares experts culinaires ! A n’en pas douter, un plat à s’en lécher les babines – ce dont les joueurs des Apôtres ne se privèrent pas en dévorant avidement la quasi-totalité du contenu de la marmite qui leur était réservée !

Cependant, impatient d’en découdre et confiant en la force physique de ses joueurs, SSB, le coach chaotique – qui était accompagné d’un étrange et grand individu à la peau bleue, encapuchonné et vêtu d’un robe azur aux motifs complexes, doté d’une majestueuse paire d’ailes aux teintes mauves et jaunes – mit rapidement fin aux réjouissances d’avant-match et pressa le corps arbitral de siffler le coup d’envoi. C’est alors qu’il fit face à la première rebuffade de la rencontre, la première d’une série qui devait s’avérer longue, très longue ce soir, comme vous allez le découvrir rapidement chers amis lecteurs, dans la mesure où, à son grand dam, le Real Boitar gagna le jet de la pièce et décida d’entamer les hostilités en attaquant ! SSB pesta de rage, alors que son plan d’attaque agressive, mettant à mal les fébriles halflings, venait de prendre une volée de plomb dans l’aile. Qu’à cela ne tienne, toujours rassuré par l’allant et la férocité de ses troupes, il organisa une défense haute, censée mener une contre-attaque rapide à la moindre occasion, en cas de défaillance ou de faux-pas des adversaires. En bon stratège, il n’oublia toutefois pas de bien protéger son joueur star, le létal K'aitsa'chinu'i, qu’il fit entourer de deux guerriers de chaos patibulaires.

Malheureusement pour le pauvre SSB, les choses n’allaient pas se passer comme prévu…

En effet, il déchanta très vite dès le coup d’envoi, en observant l’élan de pugnacité et de vaillance avec lequel les joueurs du Real Boitar se portèrent en avant et assaillent les troupes des Apôtres du Destin, qui ne s’attendaient certainement pas à faire face à une telle combattivité de la part des replets semi-hommes. Il est vrai que l’ardeur de ces derniers était surtout due à la puissance de frappe des trois mastodontes alignés d’entrée par le coach Duda. Alors que les deux hommes-arbres faisaient le ménage sur la ligne d’en-but, l’ogre-star Morg’n Thorg s’élançait vers l’avant en percutant les hommes-bêtes sur son chemin, pour ensuite se repositionner un peu en retrait de ses coéquipiers, de telle sorte à éviter – pour le moment – toute rencontre impromptue avec les griffes de l’affreux minotaure qui lui faisait face et éructait d’impatience.

Rapidement, les choses se corsèrent sérieusement pour l’équipe chaotique, lorsque deux hommes-bêtes furent évacués du terrain, le premier étourdi par Grisfêne, le second légèrement blessé par Cendrechêne. Les Apôtres du Destin se retrouvaient en infériorité numérique dès les premières minutes du match, sous les yeux horrifiés d’un SSB médusé, affalé sur son banc la bouche tombante et le souffle court, pendant que le mystérieux personnage à ses côtés semblait le fixer ardamment.

Mais les déboires de l’équipe du chaos ne devaient pas s’arrêter là, bien au contraire ! Alors qu’une cage plus ou moins compacte se formait autour de Calben Drupoil, le fameux halfling sprinteur du Real Boitar, et que les semi-hommes progressaient ardument sur leur aile droite, grignotant peu à peu du terrain dans le camp adverse, K'aitsa'chinu'i décida d’entrer en action. Voulant ouvrir le passage à ses joueurs, il s’élança virilement en direction du petit Hal Pleinepense, lequel – comme à son habitude, entrainé certainement par un excès de fouge et de bravade juvéniles – se portait seul, en éclaireur, à l’avant des lignes ennemies. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque le jeune Hal, avisé du monstre qui se portait à sa rencontre, esquiva aisément les griffes, poings et sabots de la bête infernale, laquelle – emportée dans un élan incontrôlé de frénésie pure – découvrit entièrement son flanc droit face à une ligne d’halflings accrocheurs, derrière laquelle ne patientait personne d’autre que Morg’n Thorg lui-même !

L’occasion faisant le larron, comme le veut l’expression populaire, la star-ogre se jeta avec fureur sur le minotaure adverse et, le saisissant par le cou d’une poigne de fer, le fit pivoter vers son visage. Puis, alors que les deux bêtes se regardaient les yeux dans les yeux, Morg’n asséna à la vedette des Apôtres du Destin un formidable coup de tête en plein sur le museau ! Un horrible craquement se fit entendre dans les gradins alors que la foule exultait de douleur mêlée de plaisir lubrique. Sous les yeux horrifiés du coach SSB, le minotaure s’affaissa dans les bras de l’ogre-star et perdit complétement connaissance. Poussant un rugissement infernal, la bouche grande ouverte et les muscles de tout son corps tendus au maximum, Morg’n souleva la carcasse inanimée de son adversaire et la jeta hors du terrain en plein dans la zone technique de l’équipe du chaos. Le service médical des Apôtres se porta immédiatement au secours du minotaure et fit signe à l’entraineur que le match de K'aitsa'chinu'i était terminé ! Le stade explosa littéralement de bonheur ! Fort heureusement pour SSB, les blessures de sa vedette s’avérèrent peu importantes, et le coach fut rasséréné de savoir que son joueur devrait être remis sur pied pour la journée suivante. Néanmoins, sa blessure laissait un trou immense au milieu de la défense des Apôtres, et son absence allait se ressentir tout au long du match pour les joueurs du chaos.

De l’autre côté du terrain, un autre entraineur jubilait intérieurement. Se tenant debout sur le bord de sa zone technique, quasiment immobile, le regard fixe et la mine impassible, Duda cachait sa joie. Tout à coup, une petite lumière s’alluma dans sa tête, une idée fugace lui traversa l’esprit, celle d’un match dont la physionomie venait de changer diamétralement, celle d’une rencontre où le sort souriait enfin à son équipe, celle d’un plan qui marchait à la perfection, celle enfin, d’une légende qui commençait peut-être à poindre ! Il ne fallait surtout pas lâcher maintenant. Il fallait que ses joueurs restent concentrés, qu’ils ne fassent aucune bêtise, qu’ils pensent aux fondamentaux et qu’ils jouent avec les atouts. Alors il donna soudainement de la voix. Il héla ses joueurs, les encouragea, hurla des directives et, comme un seul halfling, ses protégés se jetèrent en avant des lignes ennemies dans un magnifique mouvement d’attaque ordonnée, mené de front par les deux gardes sylvestres, appuyés par la fabuleuse star-ogre.

Les choses étaient encore toutefois loin d’être perdues pour SSB et son équipe. Les rangs du Real Boitar devenaient de plus en plus clairsemés à chaque minute qui passait, l’avantage physique des Apôtres faisant son inévitable office sur le rectangle de vérité, alors que les haflings se sacrifiaient un par un pour protéger le porteur de balle. Un de ces sacrifiés fut le malheureux Mirfu qui s’interposa entre son compère et un homme-bête qui souhaitait charger ce dernier. Il encaissa en pleine figure un formidable coup de poing qui lus fracassa la boîte crânienne dans une horrible gerbe de sang. Le malheureux semi-homme fut immédiatement évacué du terrain par le docteur du Real Boitar, le fameux Grégoire Maison, mais la mine maussade et le regard sombre de ce dernier ne laissaient que peu d’espoir quant au sort du pauvre Mirfu.

Soudain, à la suite de ce malencontreux incident, Calben n’eut d’autre choix que de se projeter en avant, quasiment esseulé, accompagné uniquement de Hal Pleinepanse et de Tholot, le valeureux capitaine halfling. Il n’en fallait pas moins aux joueurs du chaos pour tenter de récupérer le cuir. Un homme-bête délaissé se jeta à la poursuite du sprinteur halfling, le rattrapa tout naturellement et le percuta violemment de ses cornes, sonnant le malheureux semi-homme à quelques mètres de la ligne d’en-but ! Malheureusement, le sort s’acharna sur les Apôtres car le ballon ayant chu des mains de Calben, retomba dans ceux d’un Hal plus que surpris. Faisant preuve d’une agilité fort déconcertante, le jeune joueur se saisit du ballon en vol sous les acclamations de la foule et sous les yeux ébahis du coach adverse, pestant de tout son soul sur le bord du terrain. Hal ne se fit pas prier deux fois et, saisissant l’occasion, échappa au marquage de l’homme-bête pour se précipiter à toutes enjambées vers la ligne d’en-but des Apôtres. Il fut rejoint dans sa course par Tholot, mais son adversaire ne s’en laissa pas compter. L’affreux homme-bête poursuivit le petit semi-homme et tenta de le plaquer cependant, emporté dans son élan, il trébucha sur une pierre et s’étala les sabots en l’air sur la surface sablonneuse du terrain ! Une nouvelle fois, des jurons se firent entendre dans la zone technique des Apôtres, alors que leur entraineur explosait de rage à voir son équipe aussi maladroite. Était-ce dû à un manque de chance ou à un produit douteux que quelqu’un aurait glissé dans l’alimentation des joueurs du chaos avant le match ? Personne ne saurait le dire. Mais il est vrai que le comportement flegmatique et le manque flagrant d’impact physique était clairement visible dans les rangs des Apôtres du Destin !

Toujours est-il que ce coup du sort ouvrait le chemin du touchdown au Real Boitar. Toutefois, soucieux de ne pas laisser trop de temps à leurs adversaires durant cette première mi-temps, l’entraineur halfling ordonna à ses joueurs de temporiser et de couvrir le porteur du ballon pratiquement sur la ligne d’en-but des Apôtres ! Profitant de l’occasion, les halflings laissèrent parler leurs instincts primaires et, reprenant les bases de leur jeu et les fondamentaux que leur avait depuis longtemps inculqué leur sournois entraineur, décidèrent tout simplement d’agresser l’homme-bête ayant eu l’outrecuidance de tenter de les rattraper ! Mal leur en a pris car Lorel Bonvin, qui avait remonté pratiquement toute la moitié de terrain adverse spécialement à cet effet, et bien qu’assisté de deux de ses collègues d’équipe, ne put s’en prendre correctement à son adversaire au sol et fut, qui plus est, prestement expulsé du terrain, sans autre forme de procès, par un arbitre fort scrupuleux !

Naturellement, ce coup du sort requinqua un moral en berne dans les rangs chaotiques, et réchauffa le c½ur de leur coach, au bord de l’apoplexie. L’embellie ne fut que d’une courte durée toutefois, dans la mesure où le fameux homme-bête qui a résisté aux crampons de Lorel, réussit à se lever pour venir chahuter le porteur du ballon adverse. Son action fut cependant d’un succès plus que douteux dans la mesure où, s’il réussit à tenir sur ses deux jambes, ne put que repousser le jeune Hal… derrière sa propre ligne d’en-but ! Le coup de sifflet de l’arbitre retentit alors, et une stupeur générale se saisissait des gradins, le Real Boitar venait de marquer un touchdown ! Les halflings prenaient l’avantage avec l’aide, qui plus est, de leurs adversaires !

Sur le bord du terrain, le coach Duda jubilait cette fois-ci et affichait une joie démonstrative en agitant le poing avec ferveur et en souriant de toutes ses dents. Dans l’autre zone technique, l’ambiance était morose, pour ne pas dire cadavérique. L’entraineur chaotique demeurait pantois, assis sur son banc, les mains dans les cheveux, et agitait sa tête avec appréhension. Son étrange compagnon encapuchonné se tenait au-dessus de lui et s’adressait à lui par des propos manifestement fort peu amènes.

Lorsque le match reprit après cet évènement, seuls huit joueurs du chaos faisaient face à huit valeureux halflings, accompagnés de leurs éternels hommes-arbres et du grandissime Morg’n. Il ne restait que très peu de temps pour les Apôtres de tenter d’égaliser, et c’est la raison pour laquelle plusieurs hommes-bêtes tentèrent de s’engouffrer profondément dans le camp du Real Boitar. Pendant ce temps-là, le ballon était adroitement botté par Tholot pratiquement dans la zone d’en-but chaotique, ce qui fit une nouvelle fois rager d’impuissance l’entraineur des Apôtres ! Ceux-ci devaient remonter le cuir sur toute la longueur du terrain s’ils espéraient égaliser avant la mi-temps. Naturellement, leurs efforts furent vains, dans la mesure où tous leurs joueurs infiltrés se retrouvaient soit pressés soit mis au sol par leurs pugnaces adversaires, et que, si cela ne suffisait pas, la passe qu'Expletus l'Exemplaire – le guerrier le plus adroit des Apôtres – tentait d’effectuer au profit d’un de ses coéquipiers, fut si maladroitement réceptionnée que le ballon finit sa course sur le sol. L’arbitre de la rencontre siffla alors la mi-temps sur ce nouveau raté monumental des joueurs du chaos. Le Real Boitar menait au score à la moitié du match ! Qui l’eut cru possible avant la rencontre, qui pensait les halflings capables de rivaliser d’égal à égal avec des guerriers deux fois plus grands et plus forts qu’eux ? Et pourtant c’est bien ce qu’ils accomplissaient, aidés certes par les trois mastodontes en première ligne, mais ils jouaient leurs va-tout et ils le faisaient à la perfection pour l’instant !

A la pause, le coach SSB visiblement exaspéré donna de la voix et vilipenda ses joueurs d’horrible manière. Il leur interdit en outre d’avaler ne serait-ce qu’une bouchée de la mixture spécialement préparée à leur intention par le chef cuisinier Roël Jobuchon. Nul ne saurait dire quelle en était véritablement la cause, mais les joueurs des Apôtres du Destin semblèrent revenir sur le terrain en bien meilleure forme que lors de la première mi-temps. Était-ce dû au discours passionné tempétueux de leur coach, aux paroles mystérieuses et emplies d’une menace non voilée de la créature qui se tenait à ses côtés, ou tout simplement au fait qu’ils ne touchèrent pas à la marmite du cuistot halfling, toujours est-il que les Apôtres firent preuve de biens meilleures intentions au début de cette seconde mi-temps que tout au long de la première.

Malheureusement pour eux, le mal était presque déjà fait, dans la mesure où seuls huit guerriers et hommes-bêtes purent revenir sur le terrain, le reste de l’équipe gisant blessé ou étourdi dans la fosse qui leur était réservée. La situation empira davantage pour les joueurs du chaos lorsque Cendrechêne Boisnoir décida d’entrer en action. En effet, alors que sur le coup d’envoi, le ballon – botté trop court par Tholot – était renvoyé par l’arbitre dans les mains d’un homme-bête et que ce dernier tenait de s’infiltrer sur l’aile gauche du Real Boitar, Cendrechêne, pourtant marqué par un autre joueur des Apôtres, esquiva par deux fois le marquage effectué sur lui (!) et vint percuter violemment Atrox le Cruel – le guerrier du chaos garde qui protégeait du mieux qu’il pouvait le porteur du ballon. Le puissant impact l’estourbit complétement et le malheureux guerrier fut évacué sur le bord du terrain pour se remettre les idées en place. Les Apôtres se retrouvaient à sept contre onze adversaires coriaces, lesquels reformèrent rapidement les lignes de manière à protéger leur flanc gauche.

La situation s’annonçait déjà compliquée pour SSB et son équipe, même si rien n’était encore joué et que les joueurs chaotiques pouvaient encore renverser le cours du match. C’est l’idée qui traversa manifestement l’esprit de SSB lorsqu’il ordonna à ses joueurs un changement d’aile aussi inattendu que rapide. Alors qu’ils attaquaient sur leur aile droite, garnie cependant de nombreux halflings derrière lesquels se tenait un Morg’n Thorg aux aguets, les Apôtres décidèrent de se projeter sur leur aile gauche, protégée uniquement par trois joueurs du Real Boitar. L’action réussit parfaitement dans la mesure où l’homme-bête porteur de balle s’extrayait avec succès du marquage de Cendrechêne, transmettait la balle à un se ses partenaires esseulés, qui filait sur l’aile gauche protégé par trois de ses congénères. Ni les semi-hommes, ni encore moins les deux hommes-arbres ne purent rattraper les fuyards dont l’attaque surprit tant les spectateurs que le coach du Real.

C’est alors que les trois halflings laissés en protection décidèrent de montrer de quel bois ils se chauffaient. Au prix de plusieurs esquives, Hal Pleinepanse, Tholot l’Ancien et son compère de toujours Eggon Vieuxmoulin collèrent le porteur du ballon, lequel fut crocheté au niveau des jarrets par ce dernier. Surpris par l’attaque inattendue des halflings, l’homme-bête s’emmêla les sabots et tomba lourdement sur le gravier, finissant sonné, alors que le ballon tombait entre les trois compères qui n’en demandaient pas tant ! Cette action de bravoure ne fit qu’échauder encore plus des joueurs chaotiques déjà passablement énervés par les évènements du match. Deux guerriers du chaos vinrent prêter main forte à leurs coéquipiers en marquant de près Hal et Eggon, alors qu’un homme-bête se retournait et chargeait ce dernier, la bave aux lèvres et un rictus haineux dessiné sur le visage. Le courageux halfling ne pouvait faire le poids face à deux adversaires enragés et finit lui aussi étourdi par l’homme-bête puis évacué de la pelouse, en attendant qu’il se remette sur pieds. Ne restait plus que le seul Hal proche du ballon, et lorsqu’un autre homme-bête essaya de ramasser celui-ci, Hal se jeta sur lui en tentant de perturber au mieux l’action de son adversaire. Il réussit ! Au grand dam du coach chaotique, l’homme-bête ne puit se saisir correctement du cuir et le fit chuter une nouvelle fois sous les pieds du vaillant semi-homme ! Il était maintenant grand temps pour Tholot de montrer ce dont il était capable, de raviver la flamme de sa légende, de montrer au monde que le capitaine-courage du Real était de retour et que l’Ancien gardait de très beaux restes du joueur qu’il fut, et qu’indubitablement il était toujours ! Jouant avec la ligne de touche, glissant sur le sable humide du terrain, Tholot esquiva non pas une mais trois fois les crochets, coups de pied et autres bras griffus que lui tendaient ses adversaires et, au prix d’une splendide roulade qui mystifia tant le public que ses adversaires, il se saisit du ballon juste sous les pieds d’un homme-bête abasourdi. L’action était magnifique, magique, mythique ! De quelle agilité le vétéran balafré fit preuve en esquivant trois adversaires dans un périmètre aussi étroit ? Quel courage fallait-il à ce petit être fragile pour se jeter, la tête la première, sous les sabots d’un homme-bête enragé ? De quelle combattivité le capitaine du Real pouvait se vanter alors qu’il saisissait le ballon au nez et à la barbichette de son ennemi ?

L’histoire dira plus tard qu’au moment où Tholot exécutait son action de légende, un fervent supporter des Apôtres du Destin, affalé sur le canapé dans son salon et visualisant le match sur Cabalvision, pris d’une rage forcenée à la vue de l’exploit de l’halfling, fracassa l’orbe magique de transmission contre le mur et se jeta lui-même par la fenêtre du troisième étage de son logement (à moins que ce ne soit l’inverse, et qu’il jeta l’orbe par la fenêtre et se fracassa le crâne contre le mur…).
Toujours est-il que la récupération du ballon par le Real Boitar stoppa net l’attaque de leurs adversaires, et ce d’autant que Tholot réussit une nouvelle fois à esquiver le sabot de l’homme-bête sous les pattes duquel il ramassa la balle et s’engouffra dans le camp des Apôtres en longeant la ligne de touche. Il était écrit toutefois que les dieux du chaos en avaient manifestement assez de la chance scandaleuse que l’insidieux Nuffle accordait ce soir à l’équipe halfeline. C’en était visiblement trop, et ils décidèrent de rééquilibrer la donne de la rencontre. De ce fait, alors que Tholot s’apprêtait à envoyer le ballon le plus loin possible dans une zone vide de la surface adverse, ce dernier lui glissa des mains et vint choir aux pieds du malheureux capitaine.

Sur ce fait, les Apôtres reprirent un mince espoir et se jetèrent avec véhémence sur le vétéran semi-homme, criant vengeance après le camouflet que ce dernier leur infligea de par son action de classe. Ils le rattrapèrent, le jetèrent violemment au sol et s’acharnèrent sur lui de telle sorte que le pauvre Tholot finit sonné, du sang s’écoulant de son nez tordu. Une empoignade débuta alors sur l’aile droite du Real Boitar, chacune des deux équipes tenant de prendre possession du seul objet de leurs désirs présent sur la pelouse. Les halflings firent une nouvelle fois preuve d’une volonté à toute épreuve et d’une résistance exemplaire, en luttant avec acharnement contre des adversaires bien plus puissants qu’eux. Au bout de plusieurs longues minutes, alors que la situation s’aggravait pour les halflings, Morg’n Thorg décida de se rappeler aux bons souvenirs de ses adversaires du soir. Il s’élança à toutes enjambées vers un homme-bête esseulé, afin de libérer le passage qui aurait pu permettre aux halflings de récupérer la balle. Cependant, soit la star avait considérée avoir fait son travail pour la rencontre, soit elle fut perturbée par les cris d’ardeur de quelques affriolantes admiratrices sur le bord de la pelouse, toujours est-il que la vedette ogre n’arriva jamais à la hauteur de l’homme-bête en se prenant les pieds dans le tapis et en s’écrasant sur le sol pierreux du terrain, alors qu’une onde d’étonnement et d’effroi descendait des gradins. Le légendaire Morg’n venait littéralement de mordre la poussière, et ce sans l’aide de personne ! L’incroyable mais vrai se produisit. Duda jura avec véhémence et se frappa le front de la main. Ce raté de la star allait-il lui coûter la victoire ?

En effet, il ne restait plus aux Apôtres du Destin qu’à ramasser le ballon et à le transmettre à un coéquipier, ce qui, de premier abord ne paraissait pas trop difficile, dans la mesure où plusieurs hommes-bêtes demeuraient démarqués, en plein milieu de la moitié du terrain du Real Boitar. Toutefois, une nouvelle fois les dieux du chaos firent parler d’eux, car le fameux guerrier Expletus l'Exemplaire, d’habitude si adroit avec ses mains, ne fit point honneur à son patronyme en ne réussissant pas à se saisir du cuir, sous les yeux exorbités et paniqués de son entraineur, lequel poussa un affreux râle de désespoir qui glaça le sang des supporters des Apôtres, mais qui fit sourire de nouveau le coach Duda.

La situation devenait alors désespérée pour l’équipe chaotique car la fin de la rencontre approchait à très grands pas et, comble de malchance, l’action de grâce de Tholot, ainsi que le combat héroïque qui s’en suivit, permit à l’ensemble de l’équipe du Real Boitar de se repositionner et de combler les trous dans leur défense. Les Apôtres devaient désormais réaliser un exploit, devaient prier leur dieu païen, pour tenter ne serait-ce que d’égaliser le score, car parler de victoire leur était désormais impossible. Naturellement, leur dieu dut rester sourd à leurs prières car, bien qu’Expletus réussit enfin à se saisir de la balle, sa transmission à un coéquipier situé au milieu du terrain rata lamentablement et la balle chut une nouvelle fois aux pattes du maladroit homme-bête ! SSB hurla de plus belle dans sa zone technique. Il venait de comprendre que c’en était fini des espoirs de son équipe. Ce nouveau raté de ses joueurs sonnait leur glas ! Rien ne pouvait désormais reprendre la victoire aux étonnants halflings !

Mais la légende du match ne s’arrêta pas là, chers amis lecteurs. Pour la petite histoire sachez que Morg’n, visiblement vexé de l’humiliation qu’il venait de s’infliger tout seul sous les yeux amusés d’une foule en délire, décida de rattraper le coup, de redorer son blason et de se racheter à la face du monde. Il se releva promptement et chargea une nouvelle fois un adversaire, cette fois-ci l’homme-bête qui n’a pas pu se saisir de la transmission effectuée par Expletus l'Exemplaire. Toutefois, pour la plus grande joie des petits et des grands, et dans l’hilarité générale, la légendaire star des terrains chuta une nouvelle fois en pleine course en se cognant la mâchoire contre le sol rocailleux. Un rire immense explosa dans le stade, alors que plus de vingt mille fans riaient à gorges déployées de la mésaventure de Morg’n, laquelle, aussi comique qu’elle fut, pétrifia pour quelques instants le coach Duda. Heureusement, le faux-pas de l’ogre-star fur sans conséquence et c’est sur cette dernière action d’un ridicule certain, que seules les rencontres de Blood Bowl peuvent donner, que l’arbitre siffla la fin du match !

Les gradins explosèrent alors une nouvelle fois, alors que les spectateurs en liesse entonnaient à l’unisson des hymnes à la gloire du Real Boitar. Ils ne le savaient pas encore, mais ils venaient d’assister à une rencontre épique, à un match d’anthologie qui allait rester pour longtemps, pour très longtemps, dans les annales de la Lutèce Cup. Certains supporters réussirent à franchir le cordon de sécurité et pénétrèrent sur le terrain en hurlant leur joie. Ils se saisirent de leurs joueurs vedettes, à l’exception de Morg’n et des deux hommes-arbres naturellement, et les portèrent à bout de bras, tels des héros.

Le seul à ne pas faire la fête était le coach chaotique, assis blême et tremblant, le menton posé sur ses mains serrées. Ses joueurs s’étant rapidement éclipsés du terrain et rentrés au vestiaire, il demeurait seul dans sa zone technique. Enfin, quasiment seul. Derrière lui se tenait en effet l’étrange individu ailé qui le suivit comme son ombre durant toute la rencontre. Si nul ne pouvait apercevoir le visage d’icelui, enfui profondément dans son ample capuche, l’on devinait aisément, au comportement de SSB, que son discours n’avait rien de plaisant. Le mystique désignait en effet de ses doigts griffus les cages en fer attachées au dôme de l’enceinte et suspendues dans le vide. Aux regards paniqués que le coach des Apôtres lançait tantôt à ces dernières, tantôt à son interlocuteur, l’on pressentait le sort cruel qu’il risquait de subir…

***

Les joueurs entrèrent dans le vestiaire, les mines réjouies et les regards fiers sous les vivats de quelques fans ayant réussi à se faufiler dans les couloirs du stade.

-    On les a dérouillés ! – Totalement surexcité, Sherlock sautillait autour de ses camarades.
-    Purée, on a été bons ! – s’esclaffa un Roch jovial. – Qu’est ce qu’on a été bons cette fois !
-    J’ai marqué ! J’y crois pas, j’ai marqué ! – affirma un Hal avec étonnement.
-    T’es un sacré joueur mon p’tit ! – renchérit Calben de sa voix rauque. – D’la graine d’champion où j’m’y connais pas !
-    Vous voilà enfin. – la voix dure et sèche du coach coupa net l’ardeur des halflings. Tous se turent immédiatement et regardèrent leur entraineur avec hésitation.
-    Qu’est ce qu’il y a coach ? – demanda Sherlock, quelque peu confus. – Vous n’êtes pas contents d’nous ? On a fait ce qu’il fallait, non ?
Duda leur lança alors un regard triste. Les yeux plissés, la lèvre retroussée et les muscles de son cou tendus, il se gratta derrière l’oreille et baissa la tête en disant :
-    Mirfu…
-    Oh merde. – hoqueta Tholot avec appréhension.

C'est comme ça que s'écrivent les légendes mrgreen

Dernière modification par Duda (25-01-2019 17:11:03)


Pourquoi les Nains ont la bière et les Elfes la magie ?
Parce que les Nains ont choisi en premier...

Hors ligne

 

#149 26-01-2019 17:38:01

Scarabee
Champion
Lieu: Boulogne-Billancourt
Date d'inscription: 05-01-2018
Messages: 492
Site web
E.S. Pu. d'Epier

Re: ANNONCE

Duda a écrit:

[...]l’infâme et maléfique SSB[...]

C’est saisissant de réalisme, on s’y croirait !
Un seul petit détail qui m’a fait décrocher. Ma connaissance du fluff warhammer étant assez limitée.
Que signifie le fait que l’assassin qui suive SSB ait la peau bleu ? Et des ailes ?
Il s’agit d’une race particulière ?

Dans son intro, SSB ne l’avait pas particulièrement détaillé, à part sur le côté encapuchonné et mystérieux.


Personne n'aime les mauvais perdants. Soyez beaux perdants, évitez de gagner ! roll

Hors ligne

 

#150 26-01-2019 19:05:19

Duda
Star
Date d'inscription: 15-01-2007
Messages: 1032
Real BoitarDEATHCLAWS

Re: ANNONCE

Pourtant, j'ai essayé de coller au fluff de la team d'SSB wink

https://vignette.wikia.nocookie.net/es.warhammer40k/images/a/ac/Caos_hechicero_de_tzencth.png/revision/latest?cb=20120407094243


Pourquoi les Nains ont la bière et les Elfes la magie ?
Parce que les Nains ont choisi en premier...

Hors ligne

 

Pied de page du Forum

Propulsé par FluxBB